Nadia Chahed
20 Mai 2017•Mise à jour: 21 Mai 2017
AA/Alger/Karim Kabir
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) (Harakat Moujtamâa Silm), principale formation de l’opposition d'obédience islamique en Algérie, arrivé troisième lors des élections législatives du 4 mai, loin derrière successivement le Front de libération nationale (FLN) du président Abdelaziz Bouteflika et du Rassemblement national démocratique (RND) du chef de cabinet de la présidence de la république, Ahmed Ouyahia, a décliné l’offre du premier ministre Abdelmalek Sellal d’intégrer le Gouvernement, a-t-il annoncé dans un communiqué publié samedi.
«Concernant le Gouvernement, il a été décidé de ne pas participer en raison de l'absence des conditions contenues dans le programme politique du mouvement, et l'absence d’opportunité pour aborder la crise, améliorer la situation et répondre aux aspirations des citoyens », a justifié le MSP dans ce texte publié au lendemain de la tenue à Alger du conseil consultatif du parti (Madjliss Echoura)
Ce refus met un terme à plus d’une semaine de spéculations autour de la participation ou non de ce parti, -qui forme désormais une alliance avec le front du changement (FC) de l’ex ministre, Abdelmadjid Menasra, appelée alliance MSP-, à l’exécutif.
Mercredi 10 mai, le président du MSP, Abderazak Makri, avait indiqué sur sa page facebook avoir rencontré le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, lequel a engagé une série de consultations avec des leaders de partis, pour l’essentiel proches du pouvoir, en vue de la formation d’un nouveau Gouvernement.
«Le Premier ministre a confirmé qu’il s’agissait d’une demande du président de la République. Je lui ai confirmé, de mon côté, que cette décision est du ressort du Majliss Echoura national », avait-il écrit.
En refusant de rejoindre l’exécutif, le MSP conforte, non seulement l’aile d’Abderazak Makri face à l’aile incarnée par l’ex ministre Bouguerra Soltani favorable à la participation, mais renforce aussi sa place au sein de l’opposition dont il est un acteur clé.
Depuis juin 2014, le MSP s'active au sein de la coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD), une coalition de partis de diverses tendances et obédiences qui prône l’organisation d’une transition politique.
Parmi les conditions que le président du MSP, Abderazak Makri avait décliné peu avant le début de la campagne électorale pour que son parti puisse envisager d’intégrer le Gouvernement figurent notamment « la légitimité et le consensus », «un gouvernement d’union nationale qui intègre même les partis qui n’ont pas participé aux élections » et l’organisation d’une « transition politique ».
«Deux scénarios se présentent au pays : le bout du tunnel ou le chaos. Notre vision de la solution, c'est la légitimité et le consensus pour passer d'un système rentier à un système économique productif, d'un système totalitaire à un système démocratique », avait déclaré le 8 avril dernier, Abderazak Makri lors d’une conférence de presse tenue à Alger.
Or, le MSP considère que l’assemblée qui vient d’être élue, avec 35,37 % des suffrages, souffre d’un « déficit de légitimité », sans compter que les élections ont été marquées, selon lui, par la fraude. Une fraude que le madjliss Echoura dénonce vigoureusement en appelant à la « sanction des auteurs de cette fraude ».
Le MSP a obtenu 34 sièges, sur 462 que compte l’assemblée, après les résultats définitifs du Conseil constitutionnel rendus publics jeudi.