Safwene Grira,Esma Ben Said
16 Décembre 2015•Mise à jour: 17 Décembre 2015
AA/ Cotonou/ Serge David Zouémé
A 40 kilomètres de Cotonou, vers l'ouest, la forêt de Ouidah est plus qu'une étendue d'arbres élevés sur un tissu vert. "Kpassèzoun" est de surcroît un livre d'histoire fait de troncs, de branches et de feuilles.
Ce site à la fois environnemental et culturel a amplement été valorisé depuis la seconde moitié du XVIIè siècle, en tant qu'emblème culturel et florilège d'histoires, en l'honneur du roi Kpassè, roi, au cours du XIVe siècle, de Savi (village voisin de Ouidah).
«A l’origine, la forêt s’étendait sur 383 hectares avec une dominance d’arbustes mais aujourd’hui, elle est réduite de moitié et n'occupe plus qu'environ 200 hectares en raison des pressions démographiques et de la forte urbanisation de la ville de Ouidah», a déclaré à Anadolu, Armand Badé, la trentaine, guide de forêt.
A en croire la légende, raconte Badé, "la forêt couvrait toute la ville de Ouidah et les populations de Savi du village voisin y venaient pour des activités champêtres et des sacrifices divers en l'honneur de certaines croyances plus ou moins révolues" (pratiques aujourd'hui largement délaissées par la majorité des Béninois).
A l’entrée de ce musée à ciel ouvert, le visiteur est accueilli par deux lions sculptés dans du ciment, qui constituent, selon le guide, l’emblème du roi Kpassè et symbolisent sa bravoure. Disposés de part et d’autre de l'entrée, ils offrent un chenal aux touristes pour accéder au cœur de la forêt.
D'après la croyance populaire, «alors qu’il est mort enfermé dans sa chambre à Savi quelques années plus tôt, le roi Kpassè se serait réincarné en 1661 dans cette forêt, prenant la forme d'un grand arbre: un iroko baptisé "Kpassèloko". Depuis lors, le roi Kpassè est devenu un grand symbole et la forêt s'en est trouvée plus valorisée», explique Badé.
Jusqu’aujourd’hui, poursuit-il, la forêt de Ouidah continue à recevoir des cérémonies diverses comme le "Gozin" (cérémonie de purification de la ville) qui dure trois lunes ou encore le "Médoalissa" qui met fin aux diverses funérailles dans la lignée Kpassè.
On découvre également dans une clairière de la forêt, l’hôtel du python. Il s'agit d'un bâtiment colonial partiellement construit entre 1920 et 1928 par le capitaine Jean Adjovi de l’armée coloniale française en remerciement d’un bienfait que lui aurait rendu la forêt.
Selon le guide, ce dernier qui devait participer à la première guerre mondiale (1914-1918) pour la libération de la France, s'inspirait de la forêt pour ne pas perdre la vie au combat.
La forêt abrite, par ailleurs, un arbre vieux de 650 ans et bien d’autres types d’arbres comme les manguiers.
Un fait mystérieux et extraordinaire s’est produit à la fin du siècle dernier dans la forêt, lui conférant davantage de valeur, relate le guide. «Le 4 juin 1988, un arbre a été abattu, mais 41 jours après, soit le 14 juillet de la même année, l’arbre s’est redressé de lui-même et au même endroit. Ce qui a suscité la stupeur dans toute la ville», rapporte-il.
Armand Badé indique que la forêt est, en revanche, moins riche en faune, soutenant qu’on y trouve de nos jours uniquement deux chacals, des biches et des serpents.
Ce patrimoine naturel à caractère culturel et officiellement ouvert au public en 1992 à l’initiative de l’ancien président béninois, Nicéphore Dieudonné Soglo, et de Christiane Tobira, alors députée française, draine des visiteurs et des touristes des qutare coins du monde.
Selon le guide Armand Badé, ce musée naturel enregistre quelques centaines de visiteurs par an, qui viennent de France, d'Angleterre, des Pays-Bas, de Haïti, des Etats-Unis d’Amérique, de Finlande, du Brésil, et même de Chine, ainsi que de plusieurs pays africains.
Bien familial, la forêt est actuellement cogérée par les familles Kpassènon et Adjovi avec des taxes qui sont versées à la mairie de Ouidah.
«Nos recettes ne sont pas très intéressantes compte tenu du nombre des visiteurs. La forêt de par sa taille et son intérêt, a besoin d’être promue et mieux valorisée. L’actuel roi Kpassè, Mitodaho Kpassènon Dèffodji, est bien conscient de la situation et des initiatives sont en cours pour rendre ce site plus attractif», fait-il observer, sans donner de précisions.