Mona Saanouni
14 Janvier 2019•Mise à jour: 15 Janvier 2019
AA/Tunis/Adel Thabti
Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a averti, lundi, que l'expérience démocratique dans le pays "n'est pas à l'abri", et il a également mis en garde contre la menace d'une grève générale prévue jeudi par la plus grande organisation syndicale du pays.
C'est ce qui ressort d'un discours prononcé lundi par Caïd Essebsi lors de l'inauguration d'une exposition célébrant la Révolution du 14 janvier 2011 au Musée du Bardo à Tunis.
"Nous sommes entrés dans un processus démocratique et nous avons organisé des élections et élaboré une constitution", a déclaré le président tunisien.
"Quelques soient les lacunes de cette constitution, elle distingue l'expérience tunisienne", a-t-il ajouté considérant que "le processus démocratique est une caractéristique essentielle de la Tunisie, dont tout le monde entier reconnaît". Il a noté que "la Tunisie est le seul pays qui a fait cela".
"Cependant, je pense que le processus démocratique n'est pas à l'abri", a-t-il martelé.
"Je vois les gens préoccupés par la formation d'un parti du gouvernement, et c'est un retard au niveau du processus démocratique", a-t-il poursuivi.
"Cela était plus important que de se consacrer à la formation d'un parti politique œuvrant pour le compte du gouvernement actuel (en allusion à la Coalition nationale, proche du chef du gouvernement Youssef Chahed, qui compte annoncer un nouveau projet politique)", a-t-il souligné.
Caïd Essebsi a également souligné "la nécessité de protéger la démocratie qui est l'un de nos principaux acquis".
Dans un contexte lié aux difficultés sociales et économiques rencontrées par la Tunisie, Caïd Essebsi a déclaré que "le peuple a fait une révolution et qu'il veut des résultats. Cependant, le chômage persiste et la pauvreté existe et les régions sont marginalisées".
S'exprimant sur le protection du processus démocratique contre les risques, y compris la grève générale annoncée par l'Union générale tunisienne du travail (UGTT, Centrale syndicale) prévue jeudi prochain, Caïd Essebsi a déclaré que des événements similaires avaient eu lieu il y a plus de 40 ans.
"La grève générale de l'Union générale tunisienne du travail du 26 janvier 1978 s'était soldée par plusieurs morts et l'emprisonnement de plusieurs autres, outre la dispersion de l'union nationale dont les conséquences n'ont pu être surmontées qu'au bout de plusieurs décennies", a-t-il déclaré.
"Le 17 janvier courant, il y a une menace de grève générale, un projet, mais pour certains à l'étranger, il s'agit d'un CASUS BELLI (déclaration de guerre), et l'État n'y est pas habitué", a-t-il poursuivi.
"De toute façon, nous devons limiter cela et nous avons encore trois jours pour nous en sortir", a-t-il souligné évoquant apparemment la nécessité de négocier davantage pour éviter une grève générale et ses risques.