AA/Antananarivo/Sandra Rabearisoa
S'il est un secteur qui pâtit de l'épidémie de la peste à Madagascar, c'est bien le tourisme.
Même si l'épidémie qui a fait une centaine de morts depuis le mois d'août, semble connaître une certaine amélioration depuis quelques jours, les séquelles dans le secteur du tourisme sont encore bien visibles.
Outre les annulations de visite enregistrées dans les agences touristiques, plusieurs îles voisines de la Grande île ont déconseillé à leurs ressortissants la destination Madagascar et ont même suspendu leurs vols vers le pays.
Le 8 octobre dernier, Air Seychelles a été le premier a avoir annoncé sur sa page Facebook, la suspension temporaire de ses vols vers Madagascar au lendemain du décès d’un ressortissant seychellois frappé par la peste pulmonaire sur le territoire malgache.
Les autres îles comme Maurice, ont dissuadé ses ressortissants de venir à Madagascar. En début de semaine, un bateau de croisière qui est passé par Madagascar a été interpellé par les autorités mauriciennes et n’a pas pu passer les frontières de l’île, selon des sources sécuritaires.
Une situation qui a gravement terni l’image de Madagascar sur le plan international.
- Intervention de l’Organisation mondiale du tourisme.
Le premier novembre, le Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), Taleb Rifai, s’est rendu à Madagascar pour montrer son soutien au tourisme malgache. Il a rappelé que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne préconise aucune restriction aux voyages vers Madagascar ou aux échanges commerciaux avec la Grande île.
"Nous ne pouvons pas pénaliser doublement un pays : une fois parce qu’il est frappé par une crise dévastatrice et qu’il doit s’y confronter et en payer le lourd tribut, et une deuxième fois parce que nous, en tant que communauté humaine, cédons aux préjugés infondés et de ce fait, évitons et isolons le pays victime, exacerbant le problème au lieu d’aider à le résoudre", avait également déclaré le Sg de l’OMT lors d'un point de presse tenue à Antananarivo, la capitale malgache.
Et d’ajouter :"nous sommes face à une crise de perception. Il est crucial d’émettre des communications claires et factuelles sur la situation réelle à Madagascar si l’on veut empêcher que des conseils officiels aux voyageurs ne nuisent à la crise en l’aggravant".
Au cours de sa visite dans le pays, le numéro un de l’OMT a rencontré le Ministre malgache du tourisme, Roland Ratsiraka, quelques membres du gouvernement, des représentants des Nations Unies à Madagascar, dont le coordonnateur résident de l’OMS, ainsi que les responsables au niveau de la Banque mondiale, le secteur privé local et les médias.
Taleb Rifai a, à l'occasion de cette visite majeure, encouragé la diffusion d’informations positives et des bonnes nouvelles, dans le but de restaurer la confiance des touristes.
Pour sa part, le Ministre du tourisme Roland Ratsiraka avait exprimé sa reconnaissance envers le geste du Secrétaire général de l’OMT. "Votre visite est riche en signification, elle redonne espoir à l’ensemble de la population et à ceux qui doutent encore des bienfaits économiques du secteur du tourisme", avait-il dit face à la presse.
A la suite de cette visite à Madagascar, une réunion de crise a été organisée à Londres en marge du World Travel Market et durant laquelle les îles voisines de Madagascar ont accepté d’abroger l’embargo contre la Grande île.
- Les opérateurs touristiques inquiets mais optimistes
Du côté des opérateurs touristiques, l’optimisme est toujours de mise malgré les inconvénients de la peste. "Les échos de l’épidémie au niveau international prend une ampleur démesurée et ne correspond pas à la réalité. Du coup, certains touristes prennent peur et évitent le pays. Mais pour ceux qui ont déjà visité Madagascar lors de voyage antérieurs, ils continuent de venir", confie à Anadolu Yvonnah Rakatondrazafy, agent du tourisme.
La jeune femme s'est dite confiante malgré le contexte épidémique. "Nous rassurons toujours nos clients en publiant des informations officielles recueillies auprès des ambassades et de l’Institut Pasteur de Madagascar" ajoute-t-elle.
La haute saison touristique à Madagascar se situe entre le mois de Juillet jusqu’en mi-novembre et la majorité des touristes sont des ressortissants français.
Pour cette année, Madagascar a revu ses ambitions touristiques à la hausse. L’objectif fixé par le ministère du tourisme sur le long terme est d’un million de touristes par an d’ici 2020. 293 000 visiteurs non-résidents ont été enregistrés aux frontières de Madagascar en 2016, selon les données officielles du ministère du Tourisme.
Le ministère ambitionne de retrouver le nombre record de 375 000 touristes enregistrés dans le pays en 2008, d'après la même source.
D’après l’Institut National des Statistiques de Madagascar (INSTAT), 190 293 touristes ont été enregistrés à Madagascar sur la période entre le mois de janvier à septembre 2017. Ce nombre a connu une hausse de 9% par rapport à la même période l’année dernière où 173 905 touristes ont été enregistrés.
De son côté, le ministère de la Santé publique rassure que le nombre de décès causés par l’épidémie de peste a connu un déclin considérable. Le dernier bilan en date du 08 novembre émanant du Ministère de la Santé Publique et publié par le Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes fait état de 131 décès depuis le mois d’août et 1139 personnes.