Lassaad Ben Ahmed
11 Février 2020•Mise à jour: 11 Février 2020
AA / Bamako / Moussa Bolly
Le processus de redéploiement de l’armée malienne à Kidal (nord-est) a commencé lundi en début d’après-midi avec un premier contingent (Près de 300 éléments à bord de 2 camions et 32 véhicules légers) qui a pris départ de Gao (centre), suscitant des réactions mitigée.
Dans une déclaration à la presse, lundi, le président Ibrahim Boubacar Kéita a indiqué que « l'armée reconstituée » devrait arriver à Kidal vendredi.
«C’est un pas important dans le travail politico-militaire pour la reconquête de l'intégrité territoriale du Mali», a confié à Anadolu Alhousseyni Sidibé, analyste politique indépendant spécialisé des questions de sécurité et de développement.
«Ce redéploiement peut aussi renforcer les relations diplomatiques entre le Mali et ses partenaires, principalement la France et la Minusma. Il peut aussi calmer momentanément l'opinion publique qui manifeste de plus en plus contre la présence des forces étrangères jugées inefficaces dans la stabilisation du pays», a-t-il ajouté.
«Avec l’appui des forces étrangères et du G5 Sahel, ce redéploiement de l'armée devrait permettre de contrer l'avancée terroriste», a pour sa part souligné Hamadi Dicko, un membre influent de la société civile des régions du nord du Mali.
Toutefois, pour de nombreux Maliens contactés par Anadolu, c’est la notion même de l’«armée reconstituée» qui pose problème.
«Cette reconstitution de l'armée est non seulement une honteuse mascarade, mais surtout une faute politique d'une extrême gravité», a déploré Mamadou Lamine Camara, un activiste qui n’a jamais ménagé ses critiques sur l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale (2015).
«Pour rappel, au commencement, c'est la France qui nous a empêchés d'entrer à Kidal et elle est allée chercher le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) en Mauritanie pour lui offrir Kidal sur un plateau d’or. Et nous avons docilement obéi… Il a fallu 6 ans pour que les Maliens comprennent ce qui se tramait contre leur pays», a-t-il dénoncé.
Pour Camara, «au-delà du coût financier extrêmement élevé de ce recrutement à caractère ségrégationniste, un gros doute est permis quant à la pertinence de cette décision ».
«Il faut bien espérer que le redéploiement soit une réalité, car il ne faut pas se leurrer, ce ne sera pas facile. Et cela compte tenu d'autres facteurs hétérogènes liés aux proximités entre certains groupes armés et des mouvements proches d’Iyad Ag Ghali, qui continue à avoir de l'influence et de l'emprise sur certains acteurs dans la zone. Il a toujours une capacité de nuisance avérée. C’est pourquoi, malheureusement, il faut compter avec lui pour saboter le processus», a prévenu Alhousseyni Sidibé.
La Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), qui contrôle la ville de Kidal, a néanmoins affirmé dans un communiqué n'avoir aucune objection à ce retour de l’armée, à partir du moment où les rôles et les responsabilités de chaque partie sont définis.
«Kidal a toujours été prête à recevoir l'armée reconstituée. Ça n'a jamais posé de problème… C'est prévu par l'accord… La CMA n'a jamais déduit ce qu'elle a accepté ou ce qu'elle a décidé avec les gens», a-t-elle précisé dans un communiqué publié la semaine dernière.
Initialement prévu le 1er février dernier, ce redéploiement est une recommandation de la 46e session ordinaire de la Commission technique de sécurité (CTS) qui s’est tenue le jeudi 6 février 2020 à Bamako.
Selon certains observateurs, de la réussite de ce déploiement dépendra le retour de l'administration malienne et des services sociaux de base à Kidal.
Ce qui est aussi le souhait du gouvernement malien.