AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Avant même d’être élu chef du parti, Félix Tshilombo Tshisekedi avait déjà succédé en mars 2017 à son père à la tête du Rassemblement des Forces acquises au changement, la plus grande et influente coalition de l’opposition en République démocratique du Congo (RDC).
Régulièrement assis devant un guide d’anglais facile et un livre sélectionnant les multiples entretiens de l’ancien président français François Hollande, Félix se distingue par sa haute taille et sa large carrure.
A 55 ans, il a été plébiscité samedi président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le plus grand parti d’opposition en République démocratique du Congo (RDC) où l’on compte plus de 700 partis.
Félix qui a récolté 793 voix sur les 803 lors d’un congrès électif du parti vendredi à samedi à Kinshasa, a succédé à la tête du parti à son père Etienne Tshisekedi leader historique d’opposition décédé début février 2017 en Belgique.
Co-fondateur principal du parti en 1982 sous la dictature de Mobutu, Tshisekedi père que les Kinois appelaient affectueusement "Ya Tshitshi ou Sphinx de Limete" n’avait jamais cessé de rêver diriger le Congo-Kinshasa un jour.
Son fils a également été investi candidat du parti à la Présidentielle du 23 décembre à laquelle le président Joseph Kabila est interdit de se présenter, en vertu de la constitutio
Un parcours laconique
Courtois, le fils ne se gène guère pour dire aux journalistes qu’il ne maîtrise pas l’Anglais. "J’apprends encore", dit-il dans une déclaration à Anadolu.
Marié et père de cinq enfants, diplômé en marketing et communication en Belgique, Il n’a connu qu’un seul parti, celui de son père.
A l’âge de 30 ans, le fils né le 13 Juin 1963 dans la bourgeoisie à Kinshasa, accède à la tête de la cellule de l’UDPS de Leuven (Belgique). Fonction qu’il occupe de 1993 à 1996.
Pendant que son père, plusieurs fois ministre et premier ministre sous le régime dictatorial de Mobutu jusque dans les années 90, tente de briguer la magistrature suprême en 2011, Félix est rentré à Mbuji-Mayi dans la région du Kasaï (centre), fief électoral naturel de son père, pour se faire élire sans surprise député national.
Mais suivant le mot d’ordre du parti et de son père, candiat malheureux à la présidentielle, contestataire des résultats et autoproclamé "président élu de la République", le fils n’a jamais siégé à l’Assemblée nationale où l’opposition est minoritaire.
Dans l’encrage de son père, le petit a commencé à gravir les échelons les uns après les autres dès 2008. Même sans parler anglais, il se voit d’abord nommé secrétaire national aux relations extérieures, un poste clé au sein du parti.
Ces fonctions, il va les occuper jusqu’en aout 2016 avant d’être désigné dans la foulée secrétaire Général adjoint en charge des questions politiques du parti.
Depuis la mort de son père dont la dépouille n’a jamais été rapatriée ni inhumée faute de compromis entre sa famille et l’Etat sur son lieu d’inhumation, Félix Tshisekedi qui s’attendait également à être nommé premier ministre en vertu d’un conclu entre le pouvoir et l’Opposition pour une transition, a pratiquement perdu le sourire blagueur.
Plébiscité samedi avant la lever du soleil, il doit se faire une stature de leader face à un régime qui s’accroche au pouvoir malgré la fin, le 19 décembre 2016, du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila.
Il aura tout hérité de son père, excepté le charisme et le talent oratoire. Lorsqu’il faut manifester dans les rues contre le régime de Kabila, il est le grand absent mais en privé, il n’accepte jamais d’être considéré comme "un planqué".
En 2017, ses multiples appels aux journées villes mortes, à la désobéissance civile ou aux manifestations ont été étouffés dans le pays.
Katumbi, un allié de poids
Depuis la mort de son père, Il s’est fait un allié de poids, l’opposant Moise Katumbi, richissime homme d’affaires, ex- proche influent du président Kabila et candidat déclaré à la présidentielle dont la tenue le 23 décembre reste encore hypothétique.
Avec une condamnation à 3 ans de prison dans une affaire immobilière dans son pays, des poursuites pour recrutement présumé des mercenaires étrangers et une polémique sur sa double nationalité, Katumbi dont la popularité n’a jamais été démentie se trouve pratiquement en position inconfortable pour se présenter.
Exilé depuis près de deux ans, Katumbi est régulièrement menacé par les autorités congolaises (ses adversaires) de se faire arrêter dès son retour au pays.
Libre de mouvement, Félix est l’une des deux figures les plus populaires de l'opposition au régime du président Kabila.
Les deux prétendants font actuellement face à Kabila, ancien rebelle et soldat taiseux et discret mais en bras de fer avec la communauté internationale.
Le fils héritier, obtiendrait lors de la présidentielle 13 % des voix derrière Moise Katumbi (24 %), d'après des sondages présentés vendredi par le Groupe d'études sur le Congo (GEC) et un Bureau d'études BERCI, tenu par des proches de Katumbi.
Les sondeurs ont estimé que 80 % de Congolais ont une opinion défavorable vis à vis du président sortant Joseph Kabila et que 66 % de congolais voteraient pour des candidats alignés par l’Opposition.
"Je suis convaincu que l'UDPS arrivera au pouvoir cette année", a déclaré samedi le fils Tshisekedi lors de son investiture.
Pour remporter la Présidentielle, l’opposition doit absolument "surmonter les différences internes et les egos", selon les sondeurs
D’abord un parti à unifier …
A la tête du parti, il a promis de l’unifier et de le faire triompher aux élections. Depuis la mort de son père le parti est divisé. Plusieurs vieux compagnons de celui-ci ont fait défection.
Certains se sont déclarés "vrai dépositaire du testament politique d’Etienne" et d’autres des "héritiers politiques".
Des militants du parti lui ont recommandé samedi de procéder à une "amnistie générale" au sein du parti pour accueillir toutes les "brebis galeuses" exclues.
La tentative de l’actuel premier ministre Bruno Tshibala, de dédoubler ce parti, a été étouffée par la Justice et certaines autorités qui lui ont demandé de créer son propre parti.
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