Lassaad Ben Ahmed
04 Juillet 2018•Mise à jour: 04 Juillet 2018
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a dénoncé, mercredi, une "précipitation" des experts de l’ONU qui ont accusé la semaine dernière les forces de sécurité et des miliciens d’avoir commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre entre 2016 et 2017 dans la région du Kasaï (centre).
"Nous dénonçons cette précipitation inutile qui nous pousse à douter de l’authenticité de certains éléments relevés. Cette précipitation risque d’entraver les enquêtes que nous menons sérieusement à notre niveau", a déclaré à Anadolu Marie-Ange Mushobekwa, ministre congolaise des Droits humains.
Selon les experts de l'ONU, qui s’étaient rendus au Congo-Kinshasa, "certaines des exactions commises par les forces de défense et de sécurité, les milices Bana Mura (pro gouvernement) et la milice Kamwina Nsapu constituent des crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre", relevant de la compétence de la cour pénale internationale (CPI) basée à La Haye.
Ces attaques "ont été menées contre les populations civiles avec un caractère généralisé ou systématique, et dans la poursuite de la politique d'un Etat ou d'une organisation ayant pour but une telle attaque", avaient noté les experts dans leur rapport présenté devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
La ministre congolaise a admis que des éléments des forces armées se «sont rendus coupables d’atrocités dans le Kasaï" et affirmé que la justice militaire de son pays enquête "depuis près d’un an" sur ce dossier.
"La milice Kamwina Nsapu a semé la terreur, elle avait recruté de gré ou de force des enfants, les poussant à tuer tous les agents de l’État qu’ils rencontraient sur leur chemin", a-t-elle affirmé.
Les experts onusiens ont poussé pour la mise en place d’une politique de désarmement des milices et un processus de réconciliation, « afin d'éviter une nouvelle vague de violences et permettre le retour des déplacés et des réfugiés".
Entre 2016 et 2017, la région du Kasaï, jadis havre de paix, a été le théâtre d’une vague de tueries, déclenchées après que les forces de sécurité ont abattu Kamwina Nsapu, un chef traditionnel influent opposé aux autorités.
Le bilan de ces violences impliquant soldats, policiers et miliciens avaient fait pas moins de 5 000 morts et contraint 1,4 million de personnes à fuir la région, d’après l’ONU, un millier de morts d’après Kinshasa.