AA / Ankara
Le président du Haut conseil pour la réconciliation nationale afghane, Abdullah Abdullah, a dénoncé le meurtre d'au moins 39 civils afghans, par les forces australiennes, dans un entretien accordé à l'agence Anadolu.
''Il n'y a aucune expression pour définir cette brutalité et expliquer ce qui s'est passé. C’est incompréhensible'', a déclaré Abdullah Abdullah.
''Ce sont des crimes commis contre des innocents et j'ai été complètement choqué'', a indiqué Abdullah, lors d'une visite officielle en Turquie les 19 et 20 novembre. Et d'ajouter que le gouvernement australien a été très clair à ce sujet.
D'après le haut responsable afghan, une enquête approfondie a été ouverte pour déterminer les coupables.
" C'est choquant parce que le rapport n'a évoqué que l'implication des personnes dans la guerre et ce qu'elles ont enduré", a-t-il ajouté.
Les autorités australiennes ont omis, jeudi dernier, de mentionner les détails de l'enquête sur les meurtres commis par leurs forces spéciales en Afghanistan.
En effet, le chef des Forces armées australiennes, le général Angus Campbell, a exprimé ses excuses aux Afghans et recommandé des poursuites pour crimes de guerre.
''Je m'adresse au peuple afghan, au nom des forces australiennes, j'exprime mes excuses sincères et sans réserve pour tout acte répréhensible commis par des soldats australiens. J'ai parlé directement à mon homologue afghan, le général Yaseen Zia, pour lui transmettre ce message'', a-t-il déclaré dans une allocution télévisée.
*Le haut négociateur de paix afghan en Turquie pour des entretiens
Le négociateur principal afghan pour la paix, qui s’est entretenu avec des responsables turcs dont le président Recep Tayyip Erdogan, a également souligné l’importance du rôle de la Turquie dans le processus de paix.
Les discussions ont notamment porté sur le processus de paix, le rôle dévolu à la région, le rôle des pays voisins de l’Afghanistan et l’état des lieux des négociations.
''La Turquie a soutenu l'Afghanistan au cours des 20 dernières années et, heureusement, nos bonnes relations entre les pays et les peuples, remontent à des siècles'', a-t-il déclaré.
"C'est une opportunité pour reconnaître le statut de la Turquie et le rôle qu'elle peut jouer", a-t-il poursuivi.
''C'était principalement autour du processus de paix. Il y a le processus d'Istanbul initié par la Turquie et qui sera redynamisée'', a-t-il ajouté.
**Les crimes des troupes australiennes
Concernant les crimes commis par les troupes australiennes, Abdullah a expliqué qu'il évitait de généraliser, car des centaines de milliers de soldats avaient participé à la guerre en Afghanistan au cours des 20 dernières années.
''Il est vrai que les forces ne se sont pas conduites de la même manière, mais il est tout de même inacceptable qu'une seule personne soit traitée de la sorte'', a-t-il averti.
''Et c'est pour cette raison qu'il est important de poursuivre les enquêtes et les poursuites judiciaires approfondies pour que cela ne se reproduise plus'', a-t-il ajouté.
***Processus de paix afghan
Interrogé sur le processus de paix, Abdullah a déclaré que les progrès ont été lents.
''Le peuple afghan s'attendait à ce que nous atteignions nos objectifs aussi bien en tant que République islamique d'Afghanistan, avec des Talibans qui font, eux aussi, partie des négociations'', a-t-il dit.
''Je dirai qu’il y a toujours une opportunité. L’opportunité est là. Dans certains cas, les Talibans ont été beaucoup moins flexibles que d'habitude parce que, dans les négociations, il faut faire preuve de souplesse'', a-t-il déclaré.
''De plus, les Afghans appellent à éradiquer la violence et revendiquent un cessez-le-feu humanitaire'', a-t-il ajouté.
Il a noté, dans ce contexte, que de nombreux pays ont appelé à un cessez-le-feu humanitaire, dont plusieurs pays européens et, principalement, le Secrétaire général de l'ONU.
Sous le mandat de Trump, un accord signé entre les États-Unis et les Talibans a ouvert la voie à des pourparlers de paix intra-afghans à Doha, entre le gouvernement de Kaboul et les Talibans. Mais aucun progrès concret n'a été réalisé lors des pourparlers dans la capitale qatarie depuis leur lancement le 12 septembre dernier.
A propos de la volonté des Afghans de garantir une paix durable à la fin du processus, Abdullah a déclaré que le processus devrait se poursuivre.
''Nous sommes obligés de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à la paix'', a-t-il souligné.
''Il n'y aura pas de gagnant à l'issue de la guerre. Et il n'y aura pas de perdant, et ce, grâce à un règlement pacifique global et inclusif. Si une partie croit qu'elle peut parvenir à ses fins via la guerre, c'est une grave erreur de calcul'', a-t-il précisé.
Le négociateur de paix a également souligné la récente recrudescence des attaques contre les forces de sécurité et les civils.
''Malheureusement, les attaques contre les civils et contre les forces de sécurité se sont multipliées'', a-t-il reconnu, rappelant qu'au moins huit personnes ont été tuées et une dizaine d'autres ont été blessées, samedi.
''Des groupes terroristes à l'instar de Daech commettent parfois des crimes en Afghanistan, ainsi que dans d'autres pays du monde. Ils sont les premiers responsables de tous ces actes terroristes", a-t-il déclaré.
"La guerre oppose, depuis des années, les forces de sécurité de la République islamique d'Afghanistan et les Talibans, ainsi que d'autres groupes terroristes, ayant profité de la situation'', a-t-il expliqué.
Le président du Haut conseil afghan pour la réconciliation nationale Abdullah Abdullah a fait savoir que les deux parties sont assez responsables pour parvenir à un accord de paix.
''En ce qui concerne la République islamique d'Afghanistan, nous sommes prêts à un cessez-le-feu global ou à un cessez-le-feu humanitaire ou à une éradication de la violence, tant que la nouvelle administration américaine continuera de soutenir le processus de paix", a-t-il soutenu.
Interrogé sur les politiques du président américain élu, Joe Biden, sur le processus de paix, Abdullah a souligné que "le candidat démocrate soutiendra également le processus de paix".
''Je n'ai aucun doute parce qu'il y a une large compréhension de la part des États-Unis, une compréhension bipartite, qu'il est temps de soutenir le processus de paix afin d'avoir finalement une situation où il n'y aura pas besoin de troupes internationales en Afghanistan", a-t-il rassuré.
"La nouvelle Administration consentira des efforts et je demeure convaincu que son soutien au processus de paix se poursuivra", a-t-il affirmé.
Concernant la nouvelle réduction des troupes en Afghanistan annoncée par Trump, le négociateur a indiqué qu'une partie de leurs troupes a été maintenue.
''Au total, 2 500 de leurs soldats resteront stationnés en Afghanistan. Ils se sont engagés à continuer à soutenir les institutions afghanes de sécurité et les institutions de défense nationale'', a-t-il ajouté.
Et Abdullah de poursuivre que les pays de l'OTAN coordonneront leur action avec les Etats-Unis.
''Les troupes de l'OTAN maintiendront, donc, leur présence en Afghanistan, et très probablement elles prendront une décision à ce sujet, fin décembre prochain, car, soutenir les institutions afghanes est un engagement à long terme'', a-t-il conclu.
Plutôt, la semaine dernière, le secrétaire américain à la Défense par intérim, Christopher Miller, a déclaré que les États-Unis réduiraient le nombre de soldats en Afghanistan et en Irak à 2 500 dans chacun des deux pays d'ici le 15 janvier prochain au plus tard.
"Le 15 janvier 2021, nos forces seront au nombre de 2500 en Afghanistan. La taille de nos forces en Irak sera également de 2.500 à la même date", a déclaré Miller lors d'un point de presse au Pentagone.
*Traduit de l'anglais par Hajer Cherni
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