Amir Latif Arain
12 Juin 2025•Mise à jour: 13 Juin 2025
AA/Ankara/Amir Latif Arain
Le chef du gouvernement intérimaire du Bangladesh, Muhammad Yunus, a déclaré mercredi que le Premier ministre indien Narendra Modi avait ignoré la demande de Dacca visant à empêcher l’ancienne cheffe du gouvernement Sheikh Hasina de prononcer des discours politiques en ligne depuis l’Inde.
S’exprimant au Chatham House à Londres, Yunus a affirmé que des efforts étaient en cours pour obtenir l’extradition de Hasina afin qu’elle soit jugée au Bangladesh pour sa répression des manifestations l’an dernier.
Hasina s’est réfugiée en Inde en août 2024 après qu’un soulèvement étudiant a renversé son gouvernement.
La répression du mouvement aurait fait jusqu’à 1 400 morts, selon les Nations unies.
Yunus a précisé que Modi n’avait pas répondu "favorablement" à la demande de Dacca en avançant comme motif qu'il n'était pas possible pour eux de contrôler "les réseaux sociaux".
"Lorsque j’ai eu l’occasion de parler au Premier ministre Modi, je lui ai simplement dit : Vous voulez l’accueillir, je ne peux pas vous forcer à renoncer à cette politique. Mais aidez-nous à faire en sorte qu’elle ne s’adresse pas ainsi au peuple bangladais" a rapporté Yunus, cité par le quotidien Hindustan Times.
Il a ajouté que les interventions de Hasina sur les plateformes numériques étaient très provocatrices.
"Elle annonce qu’à telle date et à telle heure elle parlera, et tout le Bangladesh se met en colère", a-t-il poursuivi.
"C’est une situation explosive. On ne peut pas se contenter de dire que ce sont les réseaux sociaux. C’est toujours d’actualité", a souligné Yunus.
Le lauréat du prix Nobel de la paix, nommé à la tête du gouvernement de transition le 8 août, a indiqué vouloir renforcer les liens avec l’Inde, tout en déplorant que les "fausses informations" restent un obstacle.
Le gouvernement indien n’a pas réagi dans l’immédiat aux déclarations de Yunus, selon le quotidien Hindustan Times.
Au Bangladesh, Sheikh Hasina est aujourd’hui inculpée pour plusieurs chefs d’accusation, dont des crimes contre l’humanité.
Début juin, lors de l’ouverture de son procès, le procureur général du Bangladesh l’a accusée d’avoir organisé une "attaque systématique" contre les manifestants, affirmant qu’elle était poursuivie pour "incitation, complicité, facilitation, conspiration et manquement à prévenir un massacre".
Traduit de l'anglais par Sanaa Amir