AA / Paris / Ümit Dönmez
Des manifestants se sont rassemblés mardi soir place de la Bastille à Paris pour réclamer la libération des militants encore détenus après l’interception illégale par Israël de la flottille humanitaire Global Sumud, arraisonnée en eaux internationales alors qu’elle tentait de rejoindre la bande de Gaza.
Le rassemblement qui a vu la participation de membres du collectif EuroPalestine, Urgence Palestine, l’Union juive française pour la Paix (UJFP) et plusieurs collectifs propalestiniens, appelait à la libération immédiate de Saïf Abu Keshek et de Thiago Ávila, toujours détenus illégalement par Israël selon les organisateurs.
Présent lors de la mobilisation, Hafedh Mribah, correspondant d’Al Jazeera à Paris et membre de la flottille interceptée, a affirmé avoir été « kidnappé » par les forces israéliennes lors de l’opération menée en Méditerranée.
« J’étais l’un des journalistes qui ont été kidnappés durant ce voyage », a déclaré le journaliste à Anadolu.
« On a été kidnappés par des commandos israéliens dans les eaux internationales, pas loin de la Grèce. On a été emprisonnés sur un navire de guerre israélien. On a été violentés et malmenés avant d’être remis aux autorités grecques », a-t-il ajouté.
Le journaliste a dénoncé ce qu’il considère comme une violation grave du droit international maritime et de la liberté de la presse.
« Les Israéliens s’en fichaient qu’on soit journalistes ou pas. Ils ne respectent ni la liberté de la presse, ni la presse », a-t-il affirmé, accusant Israël d’être « l’un des plus grands bourreaux des journalistes dans le monde ».
Hafedh Mribah a également appelé à la libération de Saïf Abu Keshek et de Thiago Ávila, qui se trouvaient selon lui à bord avec les autres militants arrêtés.
« Ils ont subi des tortures et ils ont été malmenés », a-t-il déclaré.
Le journaliste d’Al Jazeera a insisté sur le fait que, selon lui, l’essentiel restait toutefois la situation à Gaza.
« Le sujet principal aujourd’hui qui est important, c’est que le blocus continue à Gaza. Aussi, tous les crimes israéliens continuent malgré la trêve là-bas », a-t-il affirmé.
« Ce que nous avons vécu lors de cette flottille, lors de cette arrestation, lors du kidnapping est certes important, mais le plus important aujourd’hui, c’est que les Palestiniens souffrent en Palestine, que ce soit en Cisjordanie ou à Gaza », a-t-il ajouté, appelant « tous les gouvernements, dont le gouvernement français, à agir et à mettre fin à ces souffrances ».
Carolina, étudiante et militante de Révolution permanente, a également dénoncé « les massacres qui continuent d’avoir lieu à Gaza » ainsi que l’intensification des opérations militaires israéliennes en Cisjordanie.
« Face à l’inacceptable, il était important d’exprimer notre solidarité avec Tiago et Saïf », a-t-elle déclaré.
La militante a accusé les puissances occidentales de permettre à Israël de poursuivre ses opérations militaires dans la région.
« Les autorités françaises et européennes [...] ont permis à l’État d’Israël aujourd’hui de pouvoir mener de telles offensives », a-t-elle affirmé.
Carolina a également dénoncé ce qu’elle décrit comme une tentative d’intimidation visant les militants engagés dans les flottilles humanitaires.
« Je dénonce aussi la tentative d’intimider tout un mouvement, la tentative d’intimider ceux qui aujourd’hui sont encore en mer, en route vers Gaza », a-t-elle déclaré, évoquant « des tortures, des humiliations et de nombreuses blessures » subies selon elle par les détenus.
Kinan, militant d’Urgence Palestine, a pour sa part affirmé que « le blocus doit cesser » et que « l’occupation doit cesser ».
« Israël agit impunément hors de toute loi et de tout contrôle et de toute sanction », a-t-il déclaré.
Le militant a appelé à une mobilisation populaire pour contraindre les gouvernements occidentaux à agir.
« Nous, on pense que ça va venir d’en bas, ça va venir de la mobilisation et ça va venir du soutien populaire », a-t-il affirmé, appelant à une « mobilisation de masse » à Paris le 16 mai prochain à l’occasion des commémorations de la Nakba.
L’interception de la flottille Global Sumud continue de susciter de nombreuses condamnations internationales. Plusieurs ONG, juristes et responsables politiques européens estiment que l’arraisonnement de navires civils en eaux internationales par l’armée israélienne constitue une violation du droit maritime international. La Türkiye a notamment dénoncé un « acte de piraterie », tandis que plusieurs responsables onusiens ont exprimé leur inquiétude après les arrestations des militants.
Selon les organisateurs de la flottille, plus de vingt embarcations ont été interceptées par Israël près de Crète alors qu’elles transportaient des militants, des journalistes et de l’aide humanitaire destinée à Gaza. Plusieurs passagers affirment avoir été violentés avant d’être transférés vers la Grèce ou Israël. Deux militants, Saïf Abu Keshek et Thiago Ávila, restent illégalement détenus par Israël.
Malgré les interceptions, plusieurs dizaines d’autres bateaux de la coalition Global Sumud poursuivent encore leur navigation en Méditerranée, selon les organisateurs, qui affirment vouloir continuer leurs tentatives pour rejoindre Gaza et dénoncer le blocus imposé à l’enclave palestinienne depuis 2007.