Bilal Müftüoğlu
06 Janvier 2017•Mise à jour: 06 Janvier 2017
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La justice française a relaxé, vendredi, Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur à l'Université Nice Sophia Antipolis, accusé d'avoir aidé trois migrantes érythréennes fraîchement arrivées dans le Sud de la France.
Saisi par le procureur qui avait requis six mois de prison avec sursis, le tribunal correctionnel de Nice a accordé l'immunité pénale à Mannoni, estimant qu'il a agit pour préserver la dignité de ces migrantes, en accord avec une disposition à cet égard introduite en 2012.
"Le tribunal a reconnu que j'avais agi pour préserver leur dignité, et ça, ce n'est pas condamnable, c'est ça (...) C'est une grande victoire pour les gens qui aident et aussi pour tous les gens qui ont besoin d'être aidés", a déclaré Mannoni à la presse, à l'issue de son audience ce vendredi à Nice.
Chercheur affilié au Centre national de la recherche scientifique, Mannoni avait été interpellé le 18 octobre dernier à un péage près de la frontière italienne, avec trois Erythréennes, dont une mineure, à bord de sa voiture. S'approchant de ces migrantes au bord de la route, Mannoni voulait les héberger à Nice et les aider à prendre le train en direction de Marseille où elles avaient des proches.
"Elles avaient peur, elles avaient froid, elles étaient épuisées, elles avaient des pansements aux mains, aux jambes, l'une boitait en faisant des grimaces de douleurs et l'autre ne pouvait pas porter son sac avec sa main blessée", explique le chercheur, dans son témoignage publié par Médiapart.
Interpellé par les forces de l'ordre, Mannoni avait passé 36 heures en garde à vue et s'est vu interdire de quitter Nice. Il a reçu un important soutien public et politique depuis la médiatisation de son arrestation, notamment sous forme de collecte de fonds pour payer ses frais de de justice estimés à 8 800 euros.
Cédric Herrou, agriculteur et habitant de Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes) était également dans le viseur de la justice cette semaine pour avoir apporté de l'aide aux migrants. Risquant huit mois de prison avec sursis, une restriction de son permis de conduire à usage professionnel et la confiscation de son fourgon à la demande du procureur, il a comparu devant la justice à Nice pour répondre sur son aide aux migrants, une démarche qu'il qualifie d'"acte politique".
Finalement, Claire Marsol, maître de conférences à la retraite, avait été condamnée en décembre 2015 par le tribunal de grande instance de Grasse (Alpes-Maritimes) à 1 500 euros d’amende pour avoir aidé des migrants érythréens à voyager de Nice à Antibes.