Lassaad Ben Ahmed
26 Janvier 2018•Mise à jour: 26 Janvier 2018
AA / France / Fawzia Azzouz
"Personne ne m'a mis au courant que les mecs que j'allais héberger étaient des terroristes", clame Jawad Bendaoud, au cours de son audition face au tribunal correctionnel de Paris, où il comparaît pour "recel de malfaiteurs terroristes" et "non-dénonciation de crime terroriste".
Le 18 novembre 2015, soit 5 jours après les sanglants attentats de Paris qui ont fait 130 morts et plus de 400 blessés dans plusieurs points de la capitale, la France va découvrir le visage de Jawad.
Le RAID (Unité de Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion relevant de la police française) et les élites de la police sont à Saint-Denis pour mettre fin à la cavale d'Abdelhamid Abaaoud et de ses complices, soupçonnés d'être le "cerveau" des attaques meurtrières du 13 novembre.
Alors qu'Abaaoud est retranché dans un appartement avec sa cousine Hasna Aït Boulahcène et un autre complice, Chakib Akrouh, BFMTV interviewe à l'extérieur, un homme, Jawad Bendaoud, qui leur explique "oui c'est mon appartement mais je savais pas que c'étaient des terroristes. On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service".
Bendaoud a été interpellé et placé en détention provisoire quelques heures plus tard.
Le procès hors-norme qui s'est ouvert mercredi 24 janvier, devrait durer jusqu'au 14 février.
Jawad Bendaoud, alias "le logeur de Daesh" est face au tribunal correctionnel de Paris aux côtés de Youssef Aït Boulahcène, frère de Hasna, et accusé de ne pas avoir alerté les autorités, alors qu'il avait connaissance de l'aide apportée par sa sœur au commando terroriste et également de Mohamed Soumah, accusé comme Jawad Bendaoud, de "recel de malfaiteurs terroristes", pour avoir joué les intermédiaires entre Abaaoud, sa cousine Hasna et Jawad.
Mercredi, la Cour a débuté les débats par l'interrogatoire de Youssef Aït Boulahcène, qui n'a cessé de clamer son innocence, expliquant qu'il ne savait pas que sa sœur était avec Abdelhamid Abaaoud.
Jeudi, les débats présidés par Isabelle Prévost-Deprez se sont poursuivis avec les auditions de Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud.
S'ils comparaissent tous les deux pour les mêmes chefs d'accusation, le premier est apparu bien plus calme que le second.
Mohamed Soumah s'explique "moi j'ai rien à voir dans les trucs terroristes, les machins comme ça. J'ai fait beaucoup de bêtises mais j'ai jamais été confronté à tout ce tralala", avant d'ajouter, tentant de se disculper "dans la société, il y a les bons citoyens, comme vous tous dans cette salle, et puis il y a les délinquants, les violeurs et les terroristes. Moi, je suis dans la case délinquant".
Il est accusé d'avoir joué les intermédiaires entre Hasna Aït Boulahcène et Jawad pour que ce dernier prête son logement.
La présidente demande "pourquoi chercher un logement à Hasna?", ce à quoi Soumah répond simplement "Elle pleurait, j'aime pas voir une femme qui pleure (...) En moins de deux minutes, elle me parle de son ex-mari, de son frère qui est mort. Moi je me dis juste qu'elle est un peu folle, que c'est une toxico".
Vient ensuite le tour de Jawad. Bien moins calme que son ami, il raconte sa vie, son enfance, les dix ans qu'il a déjà passés en prison pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et finit par lâcher "j'ai pas saisi que j'allais atterrir dans une affaire de terrorisme avec 130 morts et 400 blessés".
Il insiste : "madame la juge, ne me faites pas passer pour un menteur, le soir du 13 novembre, j'étais chez mon père qui mangeait des lentilles au boeuf", suscitant les rires de la salle.
Visiblement pris par le stress, Jawad Bendaoud se défend de manière maladroite "madame, comprenez-moi, Mohamed Soumah qui m'amène des terroristes chez moi c'est comme si vous me dites que Joey Starr va rentrer chez Daech".
S'énervant au fil des questions, l'accusé clôture son propos en demandant à la Présidente : "Vous croyez qu'ils sont passés devant moi comme ça avec des kalashnikovs genre "salut ça va?" avant d'ajouter "personne ne m'a mis au courant que les mecs que j'allais héberger étaient des terroristes!" .
Au vu de la longueur des auditions respectives de Soumah et Bendaoud, les parties civiles n'ont pas eu le temps de poser leurs questions. La Cour a fait savoir qu'elles pourront évidemment interroger les accusés vendredi.