France : "Mitigé", le bilan de Macron sur les droits de l'homme (ONG)
- "Il semble plus disposé à défendre les droits humains quand les intérêts commerciaux français ne sont pas en jeu", a déclaré Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch
Lassaad Ben Ahmed
18 Janvier 2018•Mise à jour: 18 Janvier 2018
FranceAA / Paris / Zeynep Ciftci
Le directeur de l’ONG Human Rights Watch, Kenneth Roth, a jugé, jeudi, "mitigé" le bilan d'Emmanuel Macron en matière de droits de l'homme, à l'occasion de la publication de son rapport annuel sur la situation des droits de l'homme qui couvre 90 pays, ont rapporté les médias locaux.
En effet, d'après l'ONG, la campagne électorale du président français a été "exceptionnelle", ce qui l'a conduit à choisir Paris pour présenter, jeudi, son rapport annuel, a expliqué Kenneth Roth lors d'une conférence de presse, selon des propos relayés par Franceinfo.
"Mais depuis son arrivée au pouvoir en mai 2017, la manière de gouverner de Macron ne correspond pas tout à fait aux principes édictés pendant sa campagne, qui avait été un vrai tournant contre la montée du populisme dans le monde", a-t-il ajouté.
Le directeur de Human Rights Watch n'a pas manqué de critiquer le remplacement de l'état d'urgence par une nouvelle loi antiterroriste.
En effet, "Plutôt que d'y mettre simplement fin, Macron a incorporé de nombreuses restrictions dans le droit commun sans aucune preuve que ces pouvoirs supplémentaires pour la police étaient nécessaires", a-t-il assuré, déclarant craindre "des abus discriminatoires, en particulier envers la population musulmane", d'après la même source.
En outre, Kenneth Roth a qualifié de "mitigé" la question de gestion des migrants par la France.
«A son crédit, Macron a délivré un message très clair aux policiers à Calais (mardi), s'adressant directement à eux pour dire qu'aucun abus envers les migrants ne serait toléré», a précisé le directeur de l'ONG.
En effet, HRW a estimé "bien meilleur" l'attitude du chef de l'Etat français comparé au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb qui "continue à être dans le déni", en référence à un rapport au vitriol, accusant les forces de l'ordre de mauvais traitements sur des migrants à Calais.
"Mais en même temps, a regretté M. Roth, le président français cherche à durcir la loi envers les migrants, alors qu'un projet de loi asile-immigration doit être présenté en février", a déploré le directeur d'après Franceinfo.
"Le directeur de HRW a également dénoncé une circulaire très controversée sur le recensement des migrants dans l'hébergement d'urgence", a ajouté la même source.
Enfin, en matière de politique étrangère, Kenneth Roth a regretté que le chef de l'Etat ait eu "à peine un mot", sur les droits de l'Homme lors de sa récente visite en Chine ou lors de la venue en France du président égyptien Abdel Fattah Sissi, rapporte Franceinfo.
"M. Macron a aussi été très réticent à demander aux Saoudiens de cesser leurs atrocités au Yémen et à pousser vers la sortie le président Joseph Kabila en République démocratique du Congo, que la Constitution du pays n'autorise pas à se représenter à la présidentielle", a-t-elle poursuivi.
"Il semble plus disposé à défendre les droits humains quand les intérêts commerciaux français ne sont pas en jeu", a conclu Kenneth Roth.