AA / Tunis / Afef Toumi
Quand on sait que l’économie de la Tunisie est profondément touchée par la corruption et que ce phénomène coûte au pays 4 points en termes de croissance économique, on devient de plus en plus conscient quant à l’urgence d’achever la lutte contre la corruption, tout particulièrement, contre les barons de la corruption. La conscientisation du citoyen pour l’inciter à dénoncer les cas de corruption est le pas le plus important dans ce processus de lutte.
Protection des dénonciateurs : La loi adoptée à l’unanimité
Dans une interview accordée à l’Agence Anadolu, le président de l’Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption (INLUCC), Chawki Tabib, a souligné la nécessité de cette loi, adoptée mercredi à l’unanimité au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).
Evoquant les amendements apportés à la loi, Chawki Tabib a rappelé son contenu initial, disposant que « le dénonciateur devrait déposer sa dénonciation auprès de la structure publique, objet de la corruption, ce qui constitue un danger pour le dénonciateur». D’autre part, il a salué les efforts déployés par les députés dans le sens d’unifier la destination de la dénonciation, étant finalement et exclusivement l’INLUCC.
Le président de l’INLUCC reste optimiste, assurant qu’avec peu de moyens et de faibles ressources, l’Instance progresse, à travers, entre autres, les campagnes de sensibilisation. En effet, l’instance n’a reçu que 25 plaintes en 2015, contre plus de 2000 plaintes en 2016, depuis que Chawki Tabib est à la tête de l’Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption.
Où sont passés les 152 dossiers transférés à la justice ?
Suivant les procédures ordinaires, les dossiers reçus par l’Instance sont transférés à la justice, après leur examen par les inspecteurs de l’Instance. Jusque-là, 152 dossiers sont entre les mains de la justice, mais que deviennent ces dossiers ?
« Il y en a ceux qui sont passés au Pôle Judiciaire et financier, d’autres transmis au Ministère Public, des dossiers transférés à la police judiciaire ou aux juges d’instruction et quelques dossiers, malheureusement, qui ont été examinés et déjà classés», explique encore l’ancien bâtonnier.
Des cadres supérieurs impliqués dans la corruption : Tabib reste discret
A plusieurs reprises, Chawki Tabib a parlé de cadres supérieurs et de hauts responsables impliqués dans des affaires de corruption. Cependant, il n’a jamais voulu décliner des noms, ce qui a provoqué la curiosité de l’opinion publique. Certains reprochent à Tabib cette politique ou l’accusent de céder à des pressions pour ne pas dévoiler les noms de ces responsables.
« Je leur dis, tout simplement, allez consulter la loi régissant l’Instance, j’ai l’obligation de réserve, je dois rester discret, mais en même temps, avertir contre les cas de corruption là où elle est ! », a précisé Chawki Tabib.
Il a indiqué, dans ce sens, que sa tache l’oblige à mettre en garde le Chef du gouvernement contre l’existence de cas de corruption dans des postes délicats et que ces responsables sont indignes d’occuper leurs postes. « Certains ont comparu devant le juge d’instruction, leur limogeage est inéluctable », a-t-il enchaîné.
L’Instance subit des pressions «indirectes»
Parlant des pressions subies par l’INLUCC ou par son président, Chawki Tabib a précisé qu’il ne s’agit pas de pressions directes. Ces pressions sont visibles à travers les campagnes de dénigrement menées contre l’INLUCC ou de diffamation contre son président. « Certains, animés de bonnes ou de mauvaises intentions, mettent en doute nos efforts et notre travail. Je pense que si c’est par mauvaise intention, ces campagnes sont orientées par ceux dont la sérénité est dérangée», indique l’homme de loi, ajoutant que « si la sérénité des corrompus est dérangée c’est que l’INLUCC avance.
Chawki Tabib insatisfait mais optimiste…
L’instance Nationale de Lutte contre la corruption a eu recours, à plusieurs occasions, à des partenariats avec les composantes de la Société civile, partenaire principal de l’Instance dans la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption, selon Chawki Tabib. Il met en exergue particulièrement le rôle de la Société civile dans ce processus et considère que grâce à ce partenaire, l’Instance a réussi à surmonter l’inertie et les défaillances en termes de ressources.
« Je dois également saluer le Programme des Nation Unies pour le Développement (PNUD), la GIZ (Coopération allemande) et l’Agence Coréenne de Coopération qui ont apporté un soutien remarquable à l’Instance, au moment où son budget est limité. C’est ce qui a permis d’engranger de grands résultats en un temps record. On ne doit tout de même pas oublier la nécessité du soutien gouvernemental qui reste insuffisant, mais, je reste optimiste car la volonté y est », a-t-il assuré.
Aux barons de la corruption je dis : « votre fin est proche !»
Chawki Tabib a adressé trois messages aux barons de la corruption, à qui il a lancé, d’un ton déterminé : « votre fin est proche ! ». Aux profiteurs, petits corrompus, il dit : « Allez chercher d’autres solutions pour survivre ! ». In fine, aux citoyens et aux dénonciateurs : « Soit la corruption, soit la Tunisie et nous, nous avons choisi la Tunisie ! »