Selma Kasap,Kübra Ağaçyetiştiren,Tuncay Çakmak
29 Février 2016•Mise à jour: 29 Février 2016
AA - Ankara
Pour le Professeur Birol Akgun, Président de l’Institut turc de Pensée stratégique (SDE), la Syrie est devenue un «trou noir» qui exporte le terrorisme au monde entier.
Le Professeur Akgun a analysé la situation en Syrie pour le correspondant de l’Agence Anadolu.
«Les organisations terroristes utilisent une très grande quantité d’explosifs et d’armes, bien au-dessus de celles qu’elles peuvent posséder. Cette quantité ne peut venir que d’Etats ou de services de renseignements étrangers. La Syrie est devenue un trou noir qui exporte le terrorisme dans le monde entier», a-t-il dit.
Pour Akgun, la Syrie est actuellement «le terrain d’entraînement» des groupes terroristes et le «hangar de tous les explosifs».
«Tous les combattants qui se rendent en Syrie ne sont pas des religieux. Même si on en parle très peu de nombreux combattants séculaires, laïcs ou marxistes sont en Syrie», a-t-il expliqué.
«Les armes que l’Allemagne a donné aux Peshmergas en Irak du Nord se vendent aujourd’hui en toute simplicité dans les marchés populaires. Les Peshmergas ne forment pas une armée régulière. Quand ils ont besoin d’argent, ils vendent leurs armes. Ainsi, le PKK a pu s’offrir très facilement de nouvelles armes» , a-t-il ajouté.
Le président du SDE est aussi revenu sur les relations de la Turquie avec certains de ses voisins à cause de la crise en Syrie.
«Après le crash de l'avion russe, abattu pour avoir violé l’espace aérien turc, Moscou a commencé à agir en ennemi contre la Turquie. Moscou a trouvé une conjoncture internationale très propice à ses ambitions, notamment avec la crise syrienne. celle-ci a, en revanche, créé quelques problèmes à la Turquie avec l’Iran et même avec les Etats-Unis», a-t-il rappelé.
Akgun a expliqué que le PYD, branche syrienne du PKK, est soutenu en même temps par la Russie et par les Etats-Unis, alors que sa stratégie d’expansion dérange sérieusement Ankara.
«Désormais, le PKK ne définit plus seul ses stratégies, il profite des conseils d’organisations d’autres pays», a-t-il ajouté.
Toujours sur le PKK/PYD, Birol Akgun est convaincu que cette organisation terroriste n'a pas pu réaliser seule, le dernier attentat d'Ankara.
"C'est un attentat qui a nécessité une préparation très pointue, et seul des services de renseignement étrangers peuvent l'avoir organisé", a-t-il affirmé.
Revenant sur les relations avec la Russie, Akgun a dit: «La Russie s’en prend à tous les points qui sont importants pour la Turquie. Elle attaque les Turkmènes à sa frontière. En abattant l'avion russe qui a violé son espace aérien, la Turquie a montré que, malgré la puissance nucléaire de Moscou, elle a le courage de lui tenir tête.»
Selon Akgun, les Etats-Unis et la Russie se sont, par ailleurs, mis d’accord concernant la Syrie et la région.
«De la même manière que les Français et les Britanniques s'étaient mis d’accord pour le partage de la région en 1916, aujourd'hui, Moscou, Téhéran et Washington ont trouvé un accord pour l’avenir de la Syrie. Ceux qui n'ont jamais été d’accord sur un sujet le sont à présent pour la Syrie.»
Akgun a estimé que l’accord sur un cessez-le-feu en Syrie est le résultat des pressions de la Turquie qui avait annoncé son intention d'«intervenir en Syrie si nécessaire», en allusion à l’offensive et la stratégie du PYD le long de sa frontière.
«Je pense que les affrontements se poursuivront de manière moins intense pendant environ un an, car le cessez-le-feu ne concerne pas l'ensemble de la Syrie. L’Occident a enfin compris que le flux des réfugiés vers l'Europe doit s’interrompre et c'est pourquoi aujourd'hui il intervient de manière plus décidée», a-t-il conclu.