Alioune Ndiaye
29 Juillet 2024•Mise à jour: 30 Juillet 2024
AA / Dakar / Alioune Ndiaye
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a exprimé, dimanche, son indignation suite à la décision de la France d'honorer la mémoire de six tirailleurs sénégalais exécutés avec des dizaines d'autres par l'armée coloniale française en 1944.
Paris a annoncé un peu plus tôt dans la journée, à travers son secrétariat d'État chargé des anciens combattants et de la mémoire, reconnaître "morts pour la France" ces tirailleurs tués à Thiaroye dans la banlieue dakaroise.
Il s'agit de quatre tirailleurs originaires du Sénégal, un de la Côte d'Ivoire et un de la Haute Volta (actuel Burkina Faso).
"Je tiens à rappeler à la France qu'elle ne pourra plus ni faire ni conter ce bout d'histoire tragique. Ce n'est pas à elle de fixer unilatéralement le nombre d'africains trahis et assassinés après avoir contribué à la sauver, ni le type et la portée de la reconnaissance qu'ils méritent", a souligné Sonko sur le réseau X (ex Twitter).
Même si, comme il l'a fait savoir dans son post, beaucoup de personnes considèrent ce geste mémoriel comme une grande avancée, Sonko s'est montré sceptique sur le timing.
"Pourquoi cette subite prise de conscience alors que le Sénégal s'apprête à donner un nouveau sens à ce douloureux souvenir avec la célébration du 80e anniversaire cette année", s'est-il interrogé.
"Nous demandons au gouvernement français de revoir ses méthodes, car les temps ont changé", a plaidé Sonko qui a signé son post en sa qualité de président de la coalition Pastef-Les patriotes et non pas en tant que Premier ministre.
"Thiaroye 44, comme tout le reste, sera remémoré autrement, désormais", a-t-il souligné.
Pour rappel, le 1er décembre 1944, un nombre jusque-là méconnu de tirailleurs sénégalais avaient été exécutés au Camp de Thiaroye par l'armée coloniale française et enterrés dans des fosses communes. Ils réclamaient leurs salaires et soldes de démobilisation après avoir participé à la 2eme guerre mondiale.
Le bilan officiel établi par la France évoque juste 35 morts pour ce tragique événement appelé localement "le massacre de Thiaroye".
Le 18 juin dernier, l'Office national des combattants et des victimes de guerre a décidé d'attribuer la mention "Mort pour la France" à six combattant subsahariens, une décision qui "pourra être complétée dès lors que l’identité exacte d’autres victimes aura pu être établie", selon une déclaration aux médias du secrétariat d'État chargé des anciens combattants et de la mémoire.