Sami Anwar Rashad Ahmed
21 Novembre 2017•Mise à jour: 21 Novembre 2017
AA/ Washington
Le ministre qatari des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, a accusé l'Arabie saoudite d '"ingérence dans les affaires libanaises" par l'intermédiaire de son premier ministre, Saad Hariri, qui a précédemment annoncé sa démission depuis le Royaume.
C’est ce qui ressort d'un discours prononcé par le ministre qatari au « Center for the National Interest » [Centre pour l’intérêt national, non gouvernemental], à Washington, la capitale américaine.
Al-Thani a indiqué ne pas connaître la raison cachée de l’annonce de la démission de Hariri depuis Riyad, "parce qu'il n'y a actuellement pas de relations entre l’Arabie Saoudite et le Qatar ".
Le 5 juin dernier, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont rompu leurs liens avec le Qatar.
Quant au Premier ministre libanais Saad Hariri, il a annoncé sa démission le 4 novembre, dans une allocution télévisée retransmise depuis l'Arabie saoudite.
Concernant ce dossier, le ministre qatari a déclaré : « Je peux dire que ce qui s'est passé peut être considéré comme une ingérence dans les affaires d'un autre pays, puisque un Premier ministre a été empêché de rentrer dans son pays, sans que celui-ci n’en soit informé".
En outre, Al-Thani a accusé l'Arabie saoudite "d’user de cette méthode avec Hariri, afin de mettre d'autres petits pays [non précisés] sous son emprise et sous pression".
"C'est le danger auquel nous sommes confrontés dans la région, les Etats forts veulent imposer leur tutelle et leur contrôle sur les décisions des autres pays", a-t-il ajouté.
"Dans le monde arabe, le pouvoir ne peut être monopolisé par un ou deux Etats, cela est inacceptable au XXIe siècle", a souligné le responsable qatari.
Et de poursuivre : "Certains pays du Moyen-Orient souffrent de tragédies et de conflits. La région est dans une ère de ténèbres dominée par le totalitarisme, l'agression et l'étroitesse des perspectives".
"Les acteurs [non précisés] de la région se jouent de manière irresponsable de la vie des peuples", a-t-il déclaré.
Al-Thani a relevé : "L'aide aux enfants affamés est utilisée comme un outil politique, en Syrie, tandis que les massacres contre les citoyens sont tolérés. La situation au Yémen est dans une impasse".
Avant de poursuivre : "Maintenant, les mêmes forces commencent à se tourner vers le Liban. Il s’agit d’une approche systématique, une quête irresponsable de puissance, qui ne se soucie pas de la douleur qu'elle provoque."
"Il ne fait aucun doute que la quête du pouvoir de cette manière, nuit à la région et ouvre la voie à l'émergence de groupes extrémistes", a-t-il ajouté.
Sur un autre plan, le ministre a qualifié d '«illégal»: le blocus imposé au Qatar par certains pays arabes, menés par l'Arabie saoudite.
Les Etats du blocus ont soumis au Qatar une liste de revendications annoncées le 22 juin, exigeant notamment la fermeture de la chaîne Al-Jazeera et la réduction du niveau des relations diplomatiques avec l'Iran.
"Le Qatar soutient le peuple palestinien, pas le Hamas", a-t-il déclaré.
En ce qui concerne le dossier syrien, Al-Thani a déclaré que la situation dans le pays "est devenue plus compliquée avec l'entrée des acteurs internationaux dans la guerre", soulignant que le régime syrien a tué 500 mille personnes, déplaçant des millions d'autres.
Le ministre qatari a souligné que le fait que le monde se soit focalisé uniquement sur l’organisation terroriste Daech, a mis en évidence la tolérance dont a bénéficié le régime d’al-Assad.
Et de conclure : "Notre plus grave erreur, a été de ne pas traiter al-Assad et Daech de la même manière".