AA / Ankara / Yamena Salemi
Depuis l'éviction de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi en 2011, deux sièges du pouvoir ont vu le jour en Libye: un dans l'est de la Libye, soutenu principalement par l'Égypte et les Émirats arabes unis, et un second, à Tripoli, jouissant de la reconnaissance internationale et de celle de l'ONU, et connu sous le nom de "gouvernement d’entente nationale".
Le 4 avril, Haftar a lancé une offensive pour s’emparer de Tripoli, ce à quoi le gouvernement d’entente a répondu avec l'opération Burkan Al-Ghadab (Volcan de la Colère).
La Turquie a déployé des efforts pour recueillir un soutien international et régional en faveur du gouvernement d’entente, appelant à le soutenir face à l'offensive de Haftar.
La Tunisie voisine est affectée par ce qui se passe en Libye. Il est dans son intérêt de sécuriser ses frontières avec la Libye et d'assurer la stabilité politique de ce pays voisin.
- Entente turco-tunisienne
Après la visite inopinée du président turc Recep Tayyip Erdogan en Tunisie, où il a rencontré son homologue, Kaïs Saïed, Erdogan a annoncé que les deux nations avaient convenu de fournir un soutien politique au gouvernement d’entente reconnu par l'ONU.
Erdogan a déclaré que la Turquie et la Tunisie ont convenu d'assurer la stabilité en Libye. La Tunisie jouit d’une position forte au niveau international, étant élue en juin en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU pour 2020-2021.
Après la visite d'Erdogan, la présidence tunisienne a déclaré que son soutien au Premier ministre du gouvernement d’entente, Fayez Al-Sarraj, découle de la légitimité internationale qui reconnaît le gouvernement d’entente comme le gouvernement légitime de la Libye. La présidence tunisienne a également confirmé le soutien de la Tunisie à la recherche d'une solution pacifique pour mettre fin aux combats.
La Turquie et la Tunisie partagent la même préoccupation, à savoir soutenir la légitimité internationale du gouvernement d’entente et chercher un processus de réconciliation entre les rivaux libyens.
- Une visite qui n'a pas plu aux partisans de Haftar
Bien qu'il n'y ait eu ni pourparlers ni accords sur des pactes ou une coopération militaires pendant la visite d'Erdogan, les médias de Haftar et de ses partisans, en particulier les médias dirigés par des égyptiens, n'étaient pas satisfaits de la visite et ont lancé des campagnes de dénigrement contre celle-ci.
Le célèbre présentateur pro-régime égyptien, Ahmed Mousa, en est un bon exemple. Il a affirmé que la visite d'Erdogan visait à obtenir un soutien militaire de la Tunisie et a lancé une vague d'avertissements aux Tunisiens au sujet de ce soutien présumé.
- Mensonges éhontés
Le ministre de l'Intérieur du gouvernement d’entente, Fathi Bashagha, a déclaré lors d'une conférence de presse qu'une alliance turco-tuniso-algérienne avait été formée pour soutenir le gouvernement libyen.
Malgré le déni d'une telle alliance par la présidence tunisienne, les médias de Haftar ont systématiquement œuvré à dénaturer la visite du président turc pour diaboliser la coopération turco-tunisienne.
Ahmed Al-Mesmari, porte-parole des forces de Haftar, qui apparaît généralement dans les médias égyptiens et émiratis, a allégué que la Tunisie et son parlement avaient autorisé le flux de terroristes vers la Libye via ses aéroports.
Mustafa Bakri, un membre du parlement égyptien, a fait des déclarations similaires, attaquant la Turquie et sa coopération avec la Tunisie à travers son talk-show à la télévision égyptienne.
Les accusations de militants des médias sociaux fidèles aux Émirats arabes unis et à l'Arabie saoudite, dont Yousef Allawna et Mondher Al Sheikh Mubarak, diffusent de fausses informations selon lesquelles la Turquie utilise la Tunisie pour apporter des armes aux forces du gouvernement d’entente.
- Ils ne veulent pas de solution
Muhanna al-Jubail, analyste politique, a déclaré que les Émirats arabes unis maintenaient des luttes intestines en Libye pour empêcher l'établissement d'une véritable unité nationale et d’une stabilité sociale qui ne serviraient pas ses intérêts inavouables dans le pays.
Sous prétexte de terrorisme, Haftar et ses partisans ont réitéré qu'ils ne s'engageraient pas dans des pourparlers avec le gouvernement d’entente, et ont déclaré la poursuite de l'offensive pour le renverser.
Après son arrivée à Ankara en provenance de Tunisie, Erdogan s'est engagé à fournir un soutien au gouvernement de Tripoli contre Haftar, qui est soutenu par divers pays européens et arabes.
Erdogan a déclaré qu'il présenterait un projet de loi de déploiement de troupes en Libye lors de la réouverture du Parlement turc en janvier.
Alors que Haftar poursuit son offensive contre Tripoli, le peuple libyen paie le prix de sa cupidité et de ses ambitions. Jusqu'à présent, selon les données de l'ONU, plus de 1 000 personnes ont été tuées depuis le début de l'opération en avril, et plus de 5 000 autres ont été blessées.