AA / Rabat / Mohammed Taleb
Le vote du texte de la résolution 2351 sur le Sahara soumis aux 15 membres du Conseil de sécurité, le mardi 25 avril, a pour la deuxième année consécutive été reporté de 24 heures subissant des modifications in extremis.
Un report qui reflète la dureté des négociations et des pressions exercées de part et d’autre au sein du groupe des quinze qui composent le Conseil de sécurité (les 5 permanents en plus des 10 renouvelés selon la règle de rotation).
Si le vote a été reporté l’année dernière sous la pression des «alliés» du Maroc (France) qui refusait l’élargissement des attributions de la Mission onusienne pour le maintien de la paix (MINURSO), cette fois, c’était sous celles des «alliés» de l’Algérie (la Russie et l’Uruguay) afin d’éviter au Polisario de se mettre en porte-à-faux devant une Organisation des Nations Unies qui le somme de se retirer de la zone tampon de Guergarate. Que change, donc, cette résolution dont le vote a été considéré comme une «victoire» que ce soit à Rabat ou à Alger ?
Contexte propice au Maroc
Avant l’arrivée du mois fatidique d’avril, plusieurs événements qui se sont produits semblent avoir penché la balance en faveur du Maroc. «Le contexte est assez particulier et tout à fait favorable au Maroc», estime le spécialiste marocain du Maghreb, Hamid Amouri, dans une déclaration à Anadolu avant d’énumérer les éléments de ce contexte.
«Il y a le retour du Maroc à l’Union africaine (UA) qui n’est pas anodin et l’élection du nouveau Secrétaire général de l’ONU en la personne de M. Antonio Guterres », indique l’enseignant-chercheur à l’Université Mohammed V de Rabat.
Il s’agit, d’après lui, « d’un diplomate chevronné qui a voulu par cette première sortie diplomatique marquée par son empreinte l’organisation internationale ». L’autre élément qui a son importance, c’est le départ de l’ancien émissaire de l'ONU pour le Sahara, Christopher Ross, dont « la démission s’avère être un aveu d’échec de sa démarche ainsi que celle de l’ancien Secrétaire général (SG) des Nations Unies, Ban Ki-Moon ».
« C’est un aveu d’échec pour ce tandem dans la mesure où une vision nouvelle va probablement percer à partir de l’élection du nouveau SG, Antonio Guterres », soutient-il. Pour ce "maghrébaniste", l’autre point qui « n’est pas à négliger est la reprise des relations diplomatiques, à quelques jours près du vote au Conseil de sécurité, entre le Maroc et Cuba qui a toujours était un soutien indéfectible du Polisario ».
«C’est un coup de maître sur le plan des relations diplomatiques dans la mesure où Cuba est le chef de file de la diplomatie des Etats d’Amérique latine opposée au Maroc », explique la même source en considérant que par-delà la résolution elle-même, le Maroc a réussi la communication devant l’opinion publique internationale concernant la crispation autour de la zone frontalière avec la Mauritanie de Guergarate.
Guergarate, retrait forcé du Polisario
Le Maroc avait, pour rappel, entrepris face au chaos qui régnait dans cette zone dénommée « Kandahar » une opération d’ « assainissement » contre la contrebande et les trafics de drogue et d’armes. Une démarche qui a poussé le Polisario a placer ses milices dans cette zone démilitarisée.
Au moment où « l’Etat marocain par l’entremise du souverain (roi Mohammed VI) a répondu de manière immédiate et sans conditions à la demande du Secrétaire général de l’ONU, le Polisario s’est maintenu », explique Hamid Amouri.
Ce dernier considère que le Maroc s’est montré, par son retrait au lendemain de l’appel « à la retenue » lancé, le samedi 25 février 2017, par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), « comme l’acteur qui opte pour le co-développement, la libre circulation des marchandises et des populations et n’est pas un état velléitaire ». Alors, qu’a contrario, « la position du Polisario a été interprétée comme velléitaire, belliqueuse, voire « va-t-en guerre ».
Même son de cloche chez le spécialiste dans les affaires géopolitiques et de défense, Abderrahmane Mekkaoui, qui assure dans une déclaration à Anadolu que « pour la première fois, le Conseil de sécurité et les cinq permanents ont tranché de manière très ferme concernant la présence de la milice du Polisario dans la zone démilitarisée de Guergarate »
L’ONU privilégie la stabilité
Selon ce professeur de l’Ecole militaire de Paris, «Cette position, qui a pris de court même l’Algérie et l’Afrique du Sud, concerne tout le territoire dit 'libéré'par le Polisario ».
«Ce n’est pas simplement la zone de Guergarate, mais aussi la zone de Tifariti, de Bir Lahlou et d’autres petites poches au-delà du mur de défense marocain », détaille cet "algérianiste" de première heure en soulignant que « cette position rappelle aux belligérants, à toutes les parties signataires de l’accord de cessez-le-feu de 1991, la nécessité de respecter l’esprit de cet accord concernant les zones démilitarisées ».
Pour ce dernier, le point le plus important qu’il faut mettre en exergue est que le Secrétariat général de l’UA a validé la résolution du Conseil de sécurité. « C’est pour la première fois qu’une organisation régionale africaine, qui était un peu la marionnette entre certaines puissances continentales (l’Algérie et l’Afrique du Sud), a vu que le Conseil de sécurité a opté pour une solution de sagesse pour sortir un peu cette région de la tension qui prévaut actuellement », dit-il.
Par ailleurs, tout en expliquant que le Maroc a enregistré des points positifs en évitant de mentionner la non-exploitation des richesses du Sahara gouvernée, gérée et développée par l’Etat marocain qui est un non-sens, Hamid Amouri a considéré que «la Communauté internationale a compris que le Maghreb se passerait volontiers d’une crise supplémentaire parce que le maintien de la paix dans cette zone est véritablement vital et pour le Maghreb et pour l’Europe ».
« Tout cela est important, mais ce qui est plus important encore, c’est l’exigence par la résolution aux différents antagonistes de s’asseoir autour de la table », conclut le spécialiste du Maghreb.
Contrairement à nos deux précédentes sources, le géopoliticien, Nabil Adel, qui considère que «le retrait du Maroc de la zone ne devait intervenir qu'après engagement onusien de retrait du Polisario et ne pas attendre le vote du Conseil de sécurité, ce qui donne l’image de celui qui n’est pas capable de défendre son territoire ».
Certes le Maroc passe pour le bon élève respectueux du droit international, dit-il dans une déclaration à Anadolu. Cependant, d’après lui, « dans un tournant stratégique majeur, le Polisario cherche à déplacer la zone de conflit à l’intérieur du mur de protection dans le territoire sécurisé par le Maroc et à tester le niveau de préparation de l'armée marocaine ».
Selon lui, « la solution aurait été d'arrêter les milices et de les traduire menottés en justice à Rabat. Ça aurait envoyé le signal nécessaire à qui de droit ». car, explique-il, « s'il a fallu l'intervention du Conseil de sécurité pour évacuer la zone, il est fort à parier que cette provocation n’est que le prélude à une nouvelle stratégie d’escalade dans la région. Nous devons nous préparer à un changement radical dans la gestion du conflit de la part du Polisario vers des confrontations plus ouvertes. Elles ne s’arrêteront que si le Maroc envoie le signal de fermeté qu'il faut ».
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