AA/Alger/Aksil Ouali
Ziguinchor 1992-Douala 2022. L’histoire se répète, 30 ans après, pour l’équipe algérienne de football qui a quitté, jeudi après-midi, prématurément la coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui se déroule au Cameroun depuis le 9 janvier.
Tenant du titre africain et favori de la nouvelle édition de la compétition, comme en 1992 au Sénégal, les fennecs et leurs stars se retirent après seulement moins de dix jours passés en terre camerounaise.
Les camarades du capitaine Riyad Mahrez ont reproduit le même scénario que celui de leurs ancêtres, en 1992, qui étaient eux aussi, tenants du titre africain deux ans auparavant (Algérie 1990) : 1 point en trois matchs et une lourde défaite contre le même adversaire, en l’occurrence les éléphants de la Côte d’Ivoire. Pure coïncidence ? Mêmes circonstances ? S’agit-il d’une « malédiction » du tenant du titre ?
Il faut dire que les Verts algériens et leurs millions de supporters étaient presque certains d’atteindre la finale de cette coupe et même de l’emporter. Et la déroute de Douala, au Cameroun, les a tout simplement assommés. Il leur est difficile, comme l’affirme le coach Djamel Belmadi, de trouver « une explication rationnelle » à cette catastrophe nationale.
« C’est un échec, tout simplement. Nous n’avons pas été à la hauteur de la compétition», assume le sélectionneur des fennecs, en conférence de presse animée quelques minutes après la lourde chute face aux Ivoiriens.
Est-elle l’unique explication ? Non rétorquent les spécialistes. «Il faut appeler un chat un chat. C’est un échec collectif. Tout le monde assume une part de responsabilité dans cette déroute, y compris les supporters qui ont mis de la pression sur cette équipe », précise dans une déclaration à AA, Lamine Kebir, ancien membre du staff technique de l’équipe algérienne de football à l’époque du sélectionneur, Rabah Saâdane. Selon lui, « la prestation de l’équipe était loin des attentes et son rendement lors du dernier match face à la Côte d’Ivoire était tout simplement médiocre ».
Pourquoi ? « Je crois qu’il y a plusieurs paramètres qui ont conduit à cette désillusion. Il y a d’abord la mauvaise préparation de ce rendez-vous africain, puisque l’équipe d’Algérie n’a disputé qu’un seul match face au Ghana, alors que Djamel Belmadi en avait prévu deux. Il y a aussi l’effet de la Covid-19 qui a touché certains joueurs et qui a perturbé les plans de l'entraîneur. Ce n’est pas tout. La décision de la FIFA de ne pas mettre, à temps, à la disposition des équipes tous les joueurs professionnels jouant en Europe a influé aussi sur la préparation et la cohésion du groupe », avance-t-il.
---« Injecter du sang neuf »---
Estimant que le « Cameroun n’était pas prêt pour cette compétition, compte tenu de toutes les défaillances enregistrées jusque-là », Lamine Kebir affirme qu’il faut désormais « tirer les leçons de ce tournoi pour préparer sereinement les deux matchs qualificatifs pour la Coupe du Monde du Qatar en décembre 2022 ».
«Il faut rectifier ce qu’il y a à rectifier et introduire des changements notamment dans les compartiments défensifs et offensifs qui se sont montrés défaillants », souligne notre interlocuteur.
Dans une déclaration sur le plateau de la chaîne publique algérienne, l'entraîneur Nabil Neghiz qui était aussi adjoint de l’ancien sélectionneur des Verts, Christian Gourcuff, abonde dans le même sens. Saluant le courage de Djamel Belmadi qui « a endossé cette élimination », Nabil Neghiz plaide, lui aussi, pour des changements dans certains compartiments de l’équipe nationale ».
Journaliste à la radio algérienne et animateur des émissions spécialisées sur le football, Mohamed Aït Gharbi souligne, dans une déclaration à AA que « l’équipe nationale n’a pas été à la hauteur de ce tournoi et n’a pas pu assumer son statut de champion sortant ».
« A mon sens, les joueurs algériens n’ont pas pu s’adapter avec le climat au Cameroun. Mais ce n’est pas l’unique raison. Comme tout le monde le sait, l’équipe qui devait se préparer au Qatar a vu sa préparation complètement perturbée, d’abord après l’annulation de son match contre la Gambie, et, ensuite, en raison de l’absence de plusieurs joueurs qui constituaient l’ossature de l’équipe lors de cette phase préparatoire. On a vu que Riyad Mahrez a débarqué directement au Cameroun et n’a pas pris part à la préparation de l’équipe », analyse-t-il.
Le journaliste fait aussi le lien entre la Coupe Arabe du Qatar et cette compétition. « Je pense aussi que les joueurs ayant participé à la Coupe arabe qui a lieu moins d’un mois avant cette compétition continentale a pesé sur plusieurs d’entre eux, particulièrement Belaili, Bounedjah et Brahimi, qui n’ont pas pu enchaîner avec un autre tournoi d’un niveau plus élevé. Je pense que Djamel Belmadi devait injecter du sang neuf dans cette équipe. Mais il ne l’a pas fait. Lors du match contre la Guinée Equatoriale, il a aligné la même équipe que celle qui a remporté la CAN 2019 », précise-t-il.
Estimant que « l’Algérie a égaré sa magie et ce jeu qui lui avait permis d’enchaîner trente-cinq matchs sans défaite en trois ans », le fondateur du site DZfoot, Mehdi Dahak, impute, pour sa part, cette désillusion « au manque de réalisme et à la perte de confiance ». « Plusieurs facteurs ont, toutefois, pesé sur la performance globale de l’équipe », ajoute-t-il, dans un commentaire sur sa page Facebook.