Metin Arslancan, Ben Amed Azize Zougmore
09 Octobre 2026•Mise à jour: 09 Octobre 2026
À Istanbul, Elson Mendes Da Silva, 21 ans, découvre autant un championnat qu’une ville. Six semaines après son arrivée à Kasimpasa, le milieu cap-verdien a déjà enchaîné les titularisations, goûté à l’ambiance des tribunes et commencé à prendre ses habitudes au bord du Bosphore. De ses premiers pas, il retient surtout la confiance.
« Sur un plan personnel, je suis satisfait de mon début de saison », confie-t-il à Anadolu (AA). « J’ai engrangé assez vite les titularisations, le coach m’a fait confiance, les coéquipiers m’ont fait confiance. »
Le bilan collectif lui paraît lui aussi encourageant, avec quelques regrets sur les points laissés en route. « On ramène des points chaque week-end, c’est le plus important », souligne-t-il. Pour Mendes, cette arrivée en Türkiye doit lui permettre de progresser. L’Angleterre reste dans un coin de sa tête.
Un choix pour franchir un palier
Avant de dire oui à Kasimpasa, Mendes assure avoir voulu savoir où il mettait les pieds, confiant avoir sollicité un joueur qu’il connaissait déjà au club, puis discuté avec le directeur sportif. Les installations, le projet de jeu et l’entraîneur ont fini de le convaincre.
« Je cherchais un palier au-dessus dans ma carrière et je suis content pour le moment », explique-t-il.
Au quotidien, le passé de milieu de terrain de son entraîneur facilite les échanges. Mendes apprécie les conseils d’un technicien qui connaît les exigences de son poste pour les avoir vécues.
« Ça nous aide beaucoup, nous les milieux de terrain, parce qu’il a vécu ce qu’on est en train de vivre. Chaque conseil qu’il nous donne est important pour nous. »
L’apprentissage se poursuit chaque week-end. Dans le championnat turc, Mendes a trouvé la qualité technique et l’intensité qu’il recherchait, mais aussi des adversaires qui laissent peu de répit.
« On affronte de grands joueurs, de grands clubs et chaque match a son histoire. Chaque match est difficile », observe-t-il.
Son premier rendez-vous à domicile, contre Trabzonspor, lui a aussi permis de découvrir la ferveur des tribunes. « Que ce soit nos supporters ou les supporters de Trabzonspor, ça m’a surpris. C’est pour ça que je suis venu dans ce championnat-là. »
Touré comme référence, l’Angleterre comme ambition
Cette intensité rejoint ce qui l’attire dans le football anglais. « Ça fait rêver de jouer en Angleterre, l’ambiance, l’intensité », confie-t-il. Pour s’en rapprocher, Mendes sait ce qu’il doit encore améliorer.
Le jeune milieu de terrain formé à Sochaux explique que son modèle est Yaya Touré, un milieu capable de défendre et de porter le danger vers le but adverse. Mendes se reconnaît dans cette volonté de participer aux deux phases du jeu.
« Je sais attaquer, je sais défendre. Chaque jour, j’essaie de m’améliorer pour arriver au meilleur niveau de ma carrière », affirme-t-il.
Il porte toutefois un regard lucide sur ses difficultés dans les trente derniers mètres. Il veut gagner en efficacité, mieux choisir la dernière passe et éviter le geste de trop.
« Être simple, parce que des fois, je me complique un peu la vie », reconnaît-il.
Istanbul au quotidien, le Cap-Vert en tête
En dehors des terrains, son installation avance progressivement. Ses coéquipiers lui font découvrir Istanbul, une métropole dont les dimensions et les embouteillages l’ont impressionné. Désormais installé dans son logement, il apprécie notamment les moments passés au bord du Bosphore.
« J’ai commencé à faire mes marques petit à petit », raconte-t-il.
La sélection cap-verdienne occupe également une place importante dans ses ambitions. Son père est né dans l’archipel et sa mère y possède des attaches familiales. Sa première convocation a donc eu une résonance particulière.
« C’est dur de trouver les mots pour décrire ma réaction ce jour-là. C’était une fierté, et j’ai été ravi de représenter mon pays », confie-t-il.
Pour retrouver la sélection et participer aux prochaines échéances internationales, il compte d’abord sur ses performances à Kasimpasa. La régularité en club doit lui permettre d’espérer une place pour les qualifications de la Coupe d’Afrique des nations ou de la Coupe du monde.
Ce que la notoriété change
Mendes mesure aussi ce que la réussite peut coûter en liberté. Lorsque l’entretien aborde les déclarations de Vozinha, le gardien cap-verdien qui regrettait sa vie loin des caméras après ses performances en Coupe du monde, le milieu souligne le manque de préparation des joueurs à la célébrité.
« On n’est pas formé à ça, à avoir cette notoriété-là », explique-t-il. Enfant, le rêve est de devenir professionnel. L’attention du public et ses conséquences viennent rarement à l’esprit.
Il prend l’exemple de Kylian Mbappé, pour qui aller acheter une baguette sans être reconnu devient difficile. Un geste banal qui résume, à ses yeux, la valeur de l’anonymat.
« Je pense que la notoriété, c’est dur. C’est dur parce que tu n’as pas cette liberté-là », estime-t-il.
Il se réjouit néanmoins de voir Vozinha, qu’il a côtoyé en sélection, bénéficier de cette reconnaissance. « Je suis content qu’il ait fait cette Coupe du monde-là, ça l’a mis en valeur », souligne Mendes.