AA / Istanbul
Bien qu'Emirhan Kargaci ait perdu sa jambe dans un accident de voiture à l'âge de 11 ans, il n'a pas abandonné sa passion pour le football. Emirhan évolue dans l'équipe de football pour amputés de la municipalité de Pendik (Istanbul), et vise à intégrer la sélection nationale de football pour amputés de Turquie.
Emirhan, élève de 15 ans au lycée Suadiye Haci Mustafa Tarman, a été blessé par une voiture qui l'a heurté il y a quatre ans, alors qu'il attendait que le feu passe au vert pour pouvoir traverser la route. Les interventions chirurgicales subies par la suite n'ont pas permis de sauver le pied d'Emirhan.
Emirhan était pensionnaire du centre de formation de Besiktas avant l'accident, et prévoyait rejoindre le prestigieux club deFenerbahçe. L'accident n'a pas estompé son rêve de devenir footballeur. L'objectif d'Emirhan, qui joue pour l'équipe de football pour amputés de la municipalité de Pendik depuis environ quatre ans au poste d'attaquant même s'il aime évoluer en défense, est d'arborer le dossard 17 de l'équipe nationale de football turque pour amputés.
Poursuivant désormais sa vie avec sa prothèse de pied, Emirhan se sert des béquilles pour jouer au football.
Emirhan Kargaci, répondant aux questions du correspondant de l'AA, est revenu les circonstances de l'accident et son impact sur sa vie :
"Ce jour, je me rendais à l'école comme d'habitude. D'habitude, mon père serait allé avec moi à l'école, il m'aurait accompagné. Mais ce jour-là, j'ai dit que je voulais y aller tout seul parce que mes petits frères étaient en train de pleurer. De temps en temps, j'y allais déjà tout seul. Quand je suis arrivé aux feux, j'attendais que le feu vert s'allume pour les piétons. A ce moment, deux voitures sont entrées en collision, et l'une des voitures est venue tout droit vers moi. Je ne m'en suis pas rendu compte non plus parce que je regardais les feux, et elle m'a écrasé la jambe. J'ai vu des voitures entrer en collision, mais je ne me souviens plus de la suite. Une personne a demandé le numéro de téléphone de mon père, ensuite l'ambulance est arrivée. Je ne me souviens pas du moment où mon père est arrivé. J'ai été transporté à l'hôpital et mon père voulait que je parle à ma mère, que je lui dise que j'allais bien. Je l'ai fait. Je ne me souviens de rien après ça. J'ai ouvert les yeux plus souvent aux soins intensifs. Une ou deux fois mes parents sont venus. J'ai été en soins intensifs pendant trois jours, puis j'ai déménagé dans une chambre normale. Mais on ne m'a pas dit que ma jambe avait été amputée. Je ne l'avais pas remarqué non plus. Les derniers jours, j'étais suivi par un psychologue. Tout s'effondrait. Je ne pouvais rien ressentir, mes sentiments avaient complètement disparu. À ce moment-là, il n'y avait rien dans ma tête, c'était comme si tout était fini", a-t-il déclaré.
Après avoir visionné un reportage au sujet de l'accident, le président de l'équipe de football pour amputés de la municipalité de Pendik, Osman Bozanli, s'est rendu chez lui et lui a recommandé d'être en paix avec la vie et lui-même, ajoutant qu'il pourrait devenir un très bon joueur de football, et lui a parlé du football pour amputés :
"Avant, je jouais au football, j'évoluais dans le centre de formation de Besiktas. Je pensais rejoindre Fenerbahçe, je n'ai malheureusement pas pu parce que l'accident s'est produit. Mais mes rêves n'ont pas beaucoup changé. Quand je suis arrivé sur le terrain, j'avais encore des points de suture à la jambe. Je les ai regardés jouer au football, j'ai adoré. Je voulais frapper la balle, et je l'ai fait. C'était une bonne chose pour moi de venir ici. J'étais tellement heureux d'être avec des gens qui partagent le même sentiment que moi", a poursuivi Emirhan Kargaci.
Emirhan Kargaci a déclaré qu'il faisait partie de l'équipe de football pour amputés de la municipalité de Pendik depuis environ quatre ans "Je ne pouvais pas venir car il y avait une période de récupération d'un an, puis j'ai commencé à m'entraîner petit à petit. Mes séances d'entraînement deviennent sérieuses maintenant. C'est généralement trois jours par semaine. Je viens ici en bus ou par train Marmaray. Je suis heureux quand je viens, c'est un monde à part pour moi", a-t-il déclaré.
"Je m'y suis habitué et je m'en fiche"
Kargaci a affirmé qu'il ne se considérait pas comme une personne handicapée :
"Je m'y suis habitué et je m'en fiche. Au début, c'était en quelque sorte étrange. Tout le monde le découvrait. Bien sûr, tu as honte, mais alors tes amis se rendent compte que tu n'as pas changé, au contraire. Tu es plus fort, et là ils te soutiennent. Le handicap est sous le genou mais le dessus du genou aussi est important. J'ai un peu de chance que ce soit sous mon genou, ce n'est pas très évident. Les gens le remarquent à peine", a indiqué Kargaci.
Emirhan Kargaci aime jouer en défense, mais évolue en attaque depuis quelques temps.
"Ma vie est consacrée au football. Je vis entièrement dans le football. C'était la même chose avant l'accident, je jouais avec des gens de mon âge parce que je n'étais pas encore professionnel. L'accident n'a rien changé pour moi. Je suis ce que j'étais dans le football avant l'accident. Le football c'est ma vie."
Emirhan a déclaré qu'il rêvait de devenir un joueur de football avant l'accident, mais s'il n'espérait pas évoluer en Super Ligue turque en raison de la rude concurrence.
"Mon objectif est de jouer en équipe nationale. Je veux étudier à l'école d'éducation physique et sportive, devenir entraîneur ou professeur d'éducation physique, puis créer ma propre entreprise à partir de là", s'est-il exprimé au sujet de ses ambitions.
Emirhan Kargaci a lancé un appel à l'endroit des personnes handicapées à la naissance ou de suites d'un accident :
"Je pensais aussi que ma vie était finie, qu'elle s'était complètement obscurcie, je voulais juste m'asseoir à la maison, je ne voulais pas sortir et faire du sport. Mais l'amour pour le football a pris le dessus. Ce ne sera pas forcément du football, ça peut être un autre sport. Ne vous asseyez pas à la maison, venez faire du sport, consacrez-vous à un sport, ne laissez pas vos vies s'obscurcir."
"Je suis fier de mon fils"
Le père d'Emirhan, Ali Kargaci, a évoqué le jour de l'accident vécu par son fils en novembre 2016.
"J'allais emmener Emirhan à l'école. Nous avions eu de nouveaux jumeaux. Puisqu'ils pleuraient, je berçais l'un d'eux et leur mère s'occupait de l'autre. Emirhan a alors dit: "Laissez-moi partir tout seul aujourd'hui, ce ne sera pas un problème". Nous lui avons donné la permission. Habituellement, je l'emmenais moi-même tous les matins et j'allais également le chercher. Environ 15 minutes après qu'Emirhan ait quitté la maison, un numéro inconnu m'a appelé: 'Emirhan est tombé, pouvez-vous venir aux feux d'Ethem Efendi?'. J'ai rapidement quitté la maison et je me suis rendu sur le lieu. Emirhan était allongé sur le côté du trottoir tout en bas. Il n'y avait pas d'ambulance ou de police à ce moment-là. Les deux voitures qui étaient entrées en collision étaient là. À qui appartient les voitures?", avais-je demandé, personne ne m'avait répondu. La police est venue, nous avons pris mon garçon, nous sommes allés à l'hôpital dans une ambulance. Les procédures ont commencé dès notre arrivée à l'hôpital, mais nous n'avons pas pu sauver son pied. La première opération a duré sept à huit heures. Ils ont dit qu'il y aurait une seconde opération. Lorsque la deuxième opération n'a pas eu lieu, ils ont dit que nous devions couper la jambe lors de la troisième sinon une gangrène se produirait. Cela nous a beaucoup affectés."
Kargaci, évoquant le rêve d'Emirhan de devenir footballeur a déclaré: "Quand il avait sept ans, je l'ai emmené à Besiktas, il a réussi à jouer au football avec des enfants de 11 ans. Il est destiné à jouer pour l'équipe de football pour amputés de la municipalité de Pendik. Il n'y a aucun obstacle pour Emirhan à jouer au football."
Exprimant sa fierté pour son fils, Kargaci a déclaré que lorsqu'ils s'étaient rendus ensemble au camp de l'équipe nationale de jeunes en Italie, Emirhan avait été invité aux séances d'entraînement de l'équipe nationale.
Kargaci a affirmé qu'Emirhan réussira dans le football. "Il n'interrompt jamais ses séances d'entraînement. Je souhaite voir mon fils évoluer dans l'équipe nationale turque de football pour amputés", a-t-il ajouté
* Traduit du turc par Sinhan Bogmis Alex
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