Niger - Loi de finances : L’activiste Moussa Tchangari arrêté
- Cette arrestation intervient à quelques heures seulement du début d’une manifestation interdite de la société civile contre la loi de finances.
Lassaad Ben Ahmed
26 Mars 2018•Mise à jour: 27 Mars 2018
NigerAA / Niamey / Kané Illa
L’activiste Moussa Tchangari, secrétaire général de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC), a été arrêté dimanche, à Niamey, par la police, a appris Anadolu de source proche de cette association.
«Interpellation à l'instant de monsieur Moussa Tchangari, secrétaire général de l'association Alternative Espaces Citoyens, un des organisateurs de la manifestation contre la loi de finances 2018», a indiqué l’association nigérienne dans un communiqué, dont Anadolu s’est procuré copie.
«Pour l'heure, personne ne connaît exactement son lieu de détention», a précisé la même source.
Le correspondant d’Anadolu a constaté la présence d’un important dispositif de sécurité devant le siège de l’association AEC, ainsi qu’à plusieurs endroits stratégiques de la ville de Niamey.
L’interpellation de Moussa Tchangari intervient à quelques heures seulement du début d’une manifestation interdite de la société civile contre la loi de finances.
Un collectif des organisations de la société civile nigérienne, dont Alternative Espaces Citoyens, a appelé une manifestation dimanche à Niamey.
Cette manifestation devait débuter à 16h (15h GMT), avec une marche et prendre fin à 23h59 (22h59 GMT) par un sit-in devant l’Assemblée nationale.
Mais la manifestation avait été interdite, vendredi, par les autorités de Niamey, qui évoquaient «des raisons évidentes de sécurité».
Dans une déclaration publiée samedi, les organisations de la société civile ont rejeté cette interdiction, au motif qu’elle est «contraire» aux dispositions de la Constitution et des instruments juridiques internationaux.
La marche et le sit-in interdits rentrent dans le cadre des «Journées d’actions citoyennes (JAC)», lancée le 28 janvier dernier par la société civile, qui consistent à organiser des manifestations toutes les deux semaines, pour exiger le retrait des «mesures antisociales» contenues dans la loi de finances.
Ces manifestations sont soutenues par quatre centrales syndicales des travailleurs et les trois fronts de l’opposition politique.
Accusant la société civile et l’opposition de vouloir se servir de la loi de finances pour «déstabiliser» leur régime, les partis au pouvoir ont organisé, de leur côté, des manifestations les 4 et 10 mars à Niamey et dans d’autres grandes villes nigériennes, pour «apporter leur soutien au président de la République et au gouvernement».
Depuis le mois d’octobre 2017, le Niger vit au rythme des manifestations à propos de la nouvelle loi de finance 2018.
La première manifestation a été organisée le 29 octobre, quelques jours avant même l’examen de cette loi par l’Assemblée nationale.
La manifestation a été dispersée par la force et de nombreux dégâts matériels ont été enregistrés.
Malgré tout, l’Assemblée nationale avait adopté, le 23 novembre, ladite loi et à une forte majorité de députés.
Les organisations de la société reprochent à la loi de finances de comporter des mesures «antisociales», comme celles portant augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de certains produits de première nécessité et celles sur la suppression de certaines taxes appliquées aux opérateurs de téléphonie mobile.
Lors d’une rencontre avec des représentants des partenaires techniques et financiers, en début du mois de mars, le ministre de finances Hassoumi Massaoudou avait déclaré que le gouvernement ne cédera pas à la «pression de la rue».