Esma Ben Said
08 Janvier 2018•Mise à jour: 09 Janvier 2018
AA/Bamako/Moussa Bolly
Une délégation de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA-ex-rébellion touareg) s’est rendue au siège des Nations-unies à New York pour une mise au point de l’avancée du processus de paix au Mali, a appris lundi Anadolu de source proche de la coordination.
La (CMA) et le Gatia (Plateforme pro-Bamako), deux mouvements politico-militaires rivaux dans le Nord Mali, avaient décidé de mettre un terme aux affrontements fratricides qui les opposent de façon récurrente depuis plusieurs années, en signant un accord de cessation immédiate, totale et définitive de toute forme d'hostilités, en mai-juin 2015.
Mais, depuis, les deux parties ont violé à plusieurs reprises le cessez-le-feu.
C’est donc dans l’objectif de discuter des obstacles pour relancer la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, que la délégation de l’ex-rébellion s’est rendue, durant le week-end, à New York, où elle a rencontré des membres du Conseil de sécurité.
Parmi les personnalités de l’ex-rébellion qui ont effectué ce voyage figuraient entre autres, les secrétaires généraux du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad ) et du HCUA (Haut conseil pour l'unité de l'Azawad), respectivement Bilal Ag Acherif et Algabass Ag Intalla.
La délégation comptait aussi un haut représentant du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), Mohamed Ould Mahmoud dit «Mado» et le responsable des questions humanitaires du MNLA, Attaye Ag Mohamed.
La délégation a rencontré les membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour faire part de «leurs observations sur les raisons de blocage et aussi les avancées du processus de paix», a indiqué à Anadolu un responsable de la CMA sous le couvert de l’anonymat.
Aucun communiqué officiel n’a sanctionné cette visite jusqu’à lundi 12h10 GMT.
Malgré un accord de paix, la situation sécuritaire reste particulièrement fragile au Mali où attaques et affrontements sporadiques continuent d’être enregistrés.
Alors qu’un nouveau gouvernement vient d’être mis en place, la CMA et la Plateforme semblent insatisfaites par le cours des évènements.
Les deux parties ont en effet récemment déploré, dans des communiqués distincts, ne pas avoir été consultées par le nouveau Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga, comme jadis le firent les précédents chefs de gouvernement, afin de constituer un gouvernement prenant en compte «les aspirations profondes des populations du nord/Azawad telles que évoquées dans l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d'Alger».
Les deux factions rivales avaient notamment rappelé au nouveau gouvernement «l’impérieuse nécessité d'une application intégrale et dans les meilleurs délais» dudit accord.
De son côté, le président malien Ibrahim Boubacar Keita, avait, lors du premier conseil des ministres de la nouvelle équipe, du 5 janvier 2018, exhorté le gouvernement « à poursuivre les efforts pour maintenir le climat de confiance entre les parties signataires de l’accord, tout en prenant en compte des aspirations des uns et des autres…».
«La paix ne sera durable qu’au prix d’une entente nationale. C’est dans ce cadre que la Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale, issue des conclusions de la Conférence d’entente nationale, propose des mesures d’amnistie en faveur de certains acteurs de la rébellion armée de 2012. Je vous demande d’initier très rapidement un projet de loi sur l’Entente nationale qui prendra en charge ces propositions», avait-il insisté.
Ce n’est pas la première fois que les ex-rebelles de la CMA se déplacent aux Etats-Unis. Ils sont fréquemment invités par l’ONG Independant Diplomat, une organisation qui s’efforce, entre autres, d’apporter des conseils diplomatiques et stratégiques aux acteurs non étatiques.