Esma Ben Said
07 Novembre 2017•Mise à jour: 08 Novembre 2017
AA/ Lomé/ Alphonse LOGO
Alors que le gouvernement togolais propose "le dialogue" et que le groupe des 5 (UE, USA, France, Allemagne et la coordination du système des Nations Unies au Togo) appelle l’opposition à saisir la main tendue, cette dernière ne semble pas vouloir fléchir.
En effet, l'opposition togolaise a repris mardi des manifestations de rue après plus de deux semaines de trêve en drainant dans les rues de Lomé une foule de plusieurs milliers de Togolais réclamant toujours le retour à la Constitution de 1992 -qui prévoit un maximum de deux mandats présidentiels- et le départ de l'actuel président Faure Gnassingbé, a rapporté le correspondant de Anadolu.
Jean Pierre Fabre, le chef de fil de l’opposition a réaffirmé sa détermination à faire quitter le pouvoir Faure Gnassingbé.
« Personne ne me fera dévier de mon objectif. C’est le départ du Chef de l’Etat. Je le dirai partout. Dialogue ou pas dialogue, discussion ou pas discussion, je le dirai » déclarait Jean Pierre Fabre à Anadolu en réponse directe à l’annonce lundi soir d’un dialogue politique entre les différents acteurs dans les jours qui viennent.
Fabre a réaffirmé la disponibilité de l’opposition à discuter avec le pouvoir, mais, prévient t-il, « pas une discussion de dupe ».
« Nous sommes favorables et ouvert aux discussions. Dès le début des manifestations nous l’avons dit. Mais il ne faut pas se leurrer. Nous ne sommes pas pour des discussions qui vont permettre le maintien du statu-quo » prévient le chef de fil de l’opposition togolaise.
Situation à l’intérieur du pays
Si la manifestation de Lomé s’est déroulée sans contrainte majeur, à Sokodé (338 km au nord de Lomé) et à Bafilo (380 km au nord de Lomé) les manifestations étaient de nouveau sévèrement réprimées. Aucun bilan officiel n'est encore établi, mais plusieurs sources de l'opposition évoquent de nouvelles arrestations et des blessés graves.
Les réactions
Mardi soir dans la presse locale Col Yark Damehame, ministre de la sécurité et de la protection civile du Togo a justifié cette répression par le fait qu’ « au vue des évènements et violences que ces villes ont connues depuis le 19 août, aucune manifestation n’est encore possible dans ces localités ».
Une duplicité organisée, a réagit Jean Pierre Fabre.
« Nous sommes déjà habitué à cette duplicité du gouvernement. Mais je vais vous dire et je crois que le Chef de l’Etat doit s’estimer très heureux. Son père et lui cumulent 50 années d’exercice du pouvoir. C’est beaucoup dans une vie. La gourmandise est un vilain défaut. Et c’est ça qui va l’emporter » a déclaré Jean Pierre Fabre.
La même duplicité a été dénoncée mardi par la Ligue togolaise des droits de l’homme dans un communiqué dont Anadolu a reçu copie.
Me Raphaël Kpandé Adzaré s'est ainsi dit « profondément consternée et indignée » du fait que « la ville de Sokodé est à nouveau assiégée, les Forces de l’ordre ayant dispersé avec telles brutalités et telles violences toutes tentatives de rassemblements. Le bilan fait déjà des blessés graves et des arrestations ».
La LTDH «condamne une fois encore cette violation grave et renouvelée de la liberté de manifestation, ainsi que cette attitude caractéristique de la duplicité du gouvernement qui n’est pas de nature à décrisper l’atmosphère politique, ni à favoriser un climat serein pour la conduite des discussions franches et sincères».
Elle interpelle enfin la communauté internationale « sur la situation particulière de la ville de Sokodé, et craint l’évolution vers la persécution et la stigmatisation ».
Réaction internationale
La main tendue du gouvernement togolais à l’opposition a été salué mardi soir par le groupe des 5 (UE, USA, France, Allemagne et la coordination du système des Nations Unies au Togo) qui avait par deux fois déjà appelé les acteurs au dialogue.
Dans un nouveau communiqué il a appelé « toutes les parties à saisir cette occasion de travailler ensemble pour le développement du pays » et a appelé
les manifestants « à témoigner de leurs convictions par des moyens pacifiques et encouragent toutes les parties concernées à reprendre le dialogue pour sortir de la crise actuelle ».