Mariem Njeh
29 Août 2026•Mise à jour: 29 Août 2026
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a défendu, samedi, lors d'un débat avec l'ancien ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer sur LCI, la ligne d'autonomie stratégique de la France, tout en excluant toute entrée en guerre contre la Russie.
Un allié « libre » et « non aligné »
Interrogé sur les critiques du président américain Donald Trump reprochant à Paris de ne pas s'être montré un « allié fiable » lors de la guerre contre l'Iran, Lecornu a affirmé qu'« on ne peut pas découvrir que la France est un allié libre, allié mais non aligné », ajoutant que cette posture « ne date pas d'hier ». Il a évoqué « une permanence » dans la relation avec Washington, selon lui perceptible « depuis la guerre en Irak au début de ce siècle », et affirmé que la France restait « autonome et souveraine » dans son appréciation des situations et la défense de ses intérêts.
Le Premier ministre a toutefois relevé que cette autonomie n'empêchait pas Paris de participer à des coalitions « quand il le faut », citant la première guerre du Golfe, durant laquelle la France a, selon lui, « aidé ses alliés dans le Golfe de manière très loyale ». Il a jugé que « la parole française en matière diplomatique et militaire […] est une parole qui est en général tenue », citant en exemple l'action des forces armées et de la diplomatie françaises en Afrique dans la lutte contre « le terrorisme ».
Ukraine : « nous ne sommes pas en guerre avec la Russie »
Sur une éventuelle intervention militaire française dans le ciel ukrainien, Lecornu a indiqué qu'une telle décision « appartient au président de la République » et « appartient aussi au président Zelensky », précisant que Kyiv n'avait « jamais » demandé à la France d'entrer en conflit contre Moscou. « Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie », a-t-il affirmé, avant de préciser, interrogé sur ce point : « les mots ont du sens ».
Lecornu a détaillé la nature du soutien apporté à l'Ukraine : « du matériel, de l'intelligence pour tenir eux-mêmes leur propre ciel », citant la défense sol-air « sur toutes les couches et tout le spectre », dont les missiles Mistral, ainsi que les enjeux de disponibilité des missiles Aster pour les systèmes SAMP/T, et la question des avions Rafale.
Interrogé sur la qualification des relations avec Moscou, Lecornu a écarté les termes de « guerre » comme de « confrontation », leur préférant celui de « contestation » : « on a dépassé le stade de la compétition, on n'est pas dans la confrontation, on est clairement dans la contestation ».
Contexte : Moscou évoque une posture européenne de « confrontation »
Cette déclaration de Lecornu sur la nature « en contestation » et non en « confrontation », des relations avec Moscou intervient alors que le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé, samedi, cité par l'agence russe TASS, ne voir « pour l'instant » aucun motif d'espérer une amélioration des relations entre la Russie et l'Union européenne. Selon lui, la génération actuelle de dirigeants européens serait animée par un esprit de confrontation, non seulement en paroles mais aussi en actes, mobilisant l'ensemble du potentiel militaire européen contre son pays, et y participant directement selon ses termes. Peskov a toutefois affirmé que Moscou restait disposé à construire des relations avec l'Europe,
Budget 2027 : le Premier ministre Lecornu avertit contre un « désordre domestique » qui s'ajouterait au « désordre international »
Le Premier ministre a par ailleurs mis en garde contre les conséquences d'une absence de budget pour 2027, dans un contexte qu'il a qualifié de « grand désordre international », citant la crise énergétique liée à la situation dans le détroit d'Ormuz, l'inflation importée, les élections de mi-mandat aux États-Unis, la situation en Ukraine et les mouvements des marchés obligataires. Selon lui, l'absence de budget, à l'approche d'échéances électorales, mènerait à « une incertitude, et politique, et financière, que nous ne saurions pas gérer », l'élection présidentielle pouvant néanmoins constituer une « soupape » permettant à une nouvelle équipe de reprendre le budget « à sa main ».