AA/Istanbul (Turquie)
[ Cette analyse a été réalisée par le Prof. Dr. Özcan Hidir, enseignant à l’Université Istanbul Sabahattin Zaim et à l’Université islamique de Rotterdam].
A l’ombre de la récente crise vécue avec la Turquie, les Pays-Bas vont procéder aux élections législatives néerlandaises, le 15 mars courant.
Il est encore impossible de déterminer comment le scandale diplomatique néerlandais commis à l’encontre de ministres turcs retentira sur les élections. Cependant, une chose est sur, c’est que ces derniers développements sont devenus l’un des sujets principaux des élections.
- Certains motifs importants concernant les interdictions émises à l'encontre des ministres turcs
L’une des principales raisons de ces interdictions et empêchements doit probablement être liée aux polémiques relatives à l’appartenance aux Pays-Bas ou à la Turquie des Turcs habitants sur le territoire néerlandais. Ce fait intitulé « Loyaliteit » [fidélité], est le point le plus critique des discussions d’intégration et d’assimilation.
Ainsi, les Pays-Bas veulent que les Turcs vivants sur leur territoire soient des Néerlandais à 100%, ce qui relève nettement de l’assimilation.
Les Pays-Bas sont dérangés par les institutions turques destinées aux Turcs de l’étranger. Ils estiment notamment que les campagnes électorales turques représentent une barrière à cette fidélité [évoquée plus haut] et renforce le lien de ces citoyens à l'égard de la Turquie.
C’est en ce sens qu’à la suite des récents événements, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a fait part de son malaise concernant le fait que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dit « nos citoyens » à propos des Turcs aux Pays-Bas.
Par ailleurs, il est estimé que ces derniers événements provoqueront une dégradation de la fidélité des Turcs envers les Pays-Bas. De plus, ils conduiront à l’augmentation des voix favorables au référendum constitutionnel prévu en Turquie, le 16 avril courant.
- Certaines caractéristiques des élections législatives néerlandaises du 15 mars
D’après les enquêtes électorales, il semblerait que le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders et le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre Rutte, récolteraient un nombre de voix similaire.
A noter que le parti de Mark Rutte, qui a commencé à endurcir ses propos à l’encontre des musulmans au cours de la récente période, semble dépasser de peu son adversaire.
La plus importante caractéristique des élections prévues mercredi repose sur les discussions relatives à l’arrivée en tête du parti de Wilders. Si il est le premier parti, il sera désigné pour former le nouveau gouvernement.
Alors que tous les autres partis politiques néerlandais ont affirmé qu’ils ne formeront pas de coalition avec le PVV, ceci est vu comme une stratégie électorale. A la suite des élections, certains partis pourraient changer leur position à cet égard.
En vue des promesses électorales du parti PVV, il est clair qu’un gouvernement dirigé par Wilders aura des conséquences négatives sur les musulmans et étrangers présents aux Pays-Bas.
Une autre caractéristique importante de ces élections est qu’une sérieuse défaite électorale attend le Parti travailliste (PvdA) d'orientation sociale-démocrate, pour lequel les Turcs et les musulmans votaient en majorité jusqu’alors.
Actuellement le vice-Premier ministre du gouvernement néerlandais, Lodewijk Asscher a été récemment élu chef du PVdA. Désormais, il est estimé les Turcs et les musulmans ne voteront plus en préférence pour ce parti, mercredi.
Ces estimations sont dues aux propos d'Asscher et à l’écartement de manière anti-démocratique du parti, Tunahan Kuzu et Selcuk Ozturk, deux citoyens néerlandais d’origine turque.
Kuzu et Ozturk ont formé leur propre parti, le DENK. C’est la première fois que leur parti politique participera à des élections. Il semble que le parti recueillera la majorité des voix des musulmans et des Turcs.
Une dernière caractéristique de ces élections repose sur le fait qu’elle puisse conduire à un gouvernement de coalition à trois, quatre, voir même, cinq partis. Cette situation pourrait notamment conduire à la non formation du gouvernement et au renouvellement des élections.
- Une liberté accordée aux membres du PKK et à ceux qui mènent une campagne en défaveur du référendum
Aux Pays-Bas, ceux qui veulent mener une campagne du « NON » au référendum ont librement le droit de faire cette propagande. La semaine dernière, Abdullatif Sener, personnalité politique turque et Metin Feyzioglu, président du Barreau de Turquie, ont organisé des rencontres à Rotterdam et ont appelé les citoyens à voter en défaveur du référendum.
Ces campagnes sont encouragées par la presse et les appareils de l’Etat. Par exemple, les discours de Feyzioglu ont été diffusés sur la chaîne officielle néerlandaise NOS. De la même manière, une large place a été accordée au discours d’Abdullatif Sener dans le journal AD.
Enfin, les députés du HDP ( Parti Démocratique des Peuples) ont eu le droit de mener leur campagne en défaveur du référendum et les membres du PKK sont autorisés à réaliser des réunions et des événements hostiles à la Turquie.
- L’avenir de la crise
Ce qui est arrivé le 12 mars à Rotterdam va conduire sans doute à une sérieuse rupture dans les relations entre la Turquie et les Pays-Bas.
Alors que la Turquie n’a pas encore fait de pas sérieux concernant les sanctions qu’elle appliquera aux Pays-Bas, le président Erdogan, le Premier ministre turc Binali Yildirim et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, ont affirmé à maintes reprises que des sanctions importantes seront appliquées.
Les dispositions et sanctions qui seront prises à cet égard concerneront de près les 400 000 Turcs vivants aux Pays-Bas.
Les déclarations de l’ancien ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, Ben Bot, au sujet du retrait de l'autorisation d'atterrissage sur le territoire des Pays-Bas d'un vol du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, montre que les événements seront traités avec plus de sang-froid à la suite des élections.
"Ne pas recevoir le ministre turc des Affaires étrangères, annuler son autorisation d'atterrissage n'est pas compréhensible. Pour moi, il s'agit d'une posture en lien avec les élections (aux Pays-Bas). Nous défendons la démocratie et les droits de l'Homme et continuerons à le faire. Cette mesure est une erreur contraire à ces valeurs », avait-il-déclaré.