Nadia Chahed
13 Mars 2017•Mise à jour: 14 Mars 2017
AA/Paris/Souhir Bousbih
Deux jours avant sa convocation par les juges d’instruction en vue d’une mise en examen dans l’affaire des emplois présumés fictifs qui touche son épouse et deux de ses enfants, le candidat "Les Républicains" ( LR) à la présidentielle française du 23 avril, François Fillon, a multiplié, lundi, les apparitions médiatiques pour défendre son programme et faire oublier ses déboires judiciaires.
Mais rien n’y fait, les jours se suivent et se ressemblent pour le candidat LR qui après le « Penelopegate » et l’histoire du prêt non déclaré de 50000 euros contracté auprès d’un proche, affronte une nouvelle polémique autour de ses costumes de luxe.
Il s’est longtemps plaint que les affaires entourant sa vie personnelle ont plombé sa campagne et détourné le public du fond de son programme. François Fillon a voulu reprendre la main de sa communication ce lundi en réaffirmant les contours de son programme, d’abord dans les colonnes du journal économique "Les Echos", auquel il a accordé une longue interview, puis sur les ondes de la radio Europe 1, avant de conclure son tour des médias devant un parterre de journalistes réunis pour découvrir les contours de son nouveau programme.
De nouveautés, il en a été question toute la journée mais si on compare le programme à celui des primaires, le fond reste à peu de choses près le même. François Fillon affirme désirer un « choc puissant pour le plein emploi » et pour y arriver, il usera des mêmes recettes que celles qui l’ont portées aux nues en octobre s’il est élu au printemps.
Il promet toujours la suppression des 35 heures, la réforme du Code du travail, la baisse de l’impôt des sociétés, l’allongement du départ à la retraite à 65 ans, la suppression de 500000 postes dans le secteur public ainsi que celle de l’impôt sur la fortune. Le tout, dit-il, pour économiser 100 milliards d’euros, faire baisser le taux du chômage à 7% et rétablir les finances publiques à l’équilibre.
Peu de changements donc, même s’il est revenu sur quelques points notables. Alors qu’il avait annoncé dans son programme initial une augmentation générale de la TVA de 2% pour tous, les secteurs qui bénéficient d’un taux intermédiaire de 10%, comme la restauration et le bâtiment, ne sont plus concernés par cette mesure.
« Nous avons considéré que le taux intermédiaire était plutôt supérieur à la moyenne européenne, à l’inverse du taux normal de 20%, et qu’une hausse pouvait avoir des incidences négatives sur les services. Le gain budgétaire, relativement faible, ne justifie pas un tel risque » a-t-il expliqué. Autre modification: la baisse des charges salariales sur les petits salaires: « Il s‘agira d’un forfait de 350 euros par an, 700 euros pour un couple, soit un effort substantiel de 7,7 milliards d’euros » précise l’ancien premier ministre.
Plus étonnant, alors qu’il est soupçonné d’avoir employé sa femme et deux de ses enfants comme collaborateurs « fictifs », François Fillon a promis de faire signer « un code de bonne conduite » à ses ministres pour éviter les conflits d’intérêts au gouvernement et de rendre « obligatoire » la publication de liens de parenté entre les parlementaires et leurs assistants. Empêtré dans les scandales depuis le mois de janvier, François Fillon a bien du mal à convaincre sur le volet éthique. Celui qui se dit victime d »une chasse à l’homme » a dû se justifier lundi sur une nouvelle affaire surprenante, révélée par le Journal du Dimanche.
D’après le journal, le candidat LR aurait bénéficié des largesses d’un mécène, qui lui aurait réglé le montant de deux costumes, estimés à 13000 euros. Une information que le principal concerné a confirmé lui-même : « Un ami m’a offert des costumes en février. Et alors ? J’ai parfaitement le droit de me faire offrir un costume par un ami, ce n’est pas interdit». Le quotidien ajoute que depuis 2012, d’autres costumes auraient été payés en liquide par des tiers pour une valeur de 35500 euros.
Si aucune enquête n’a été ouverte suite à ces révélations, elle ne devrait pas arranger la réputation de François Fillon, qu’il a établie depuis plusieurs années autour de sa probité. Il est convoqué le 15 mars devant les juges d’instruction dans le cadre de l’enquête sur l’emploi présumé fictif de sa femme, avant une probable mise en examen. Son épouse, Pénélope Fillon, sera elle entendue le 28 mars.