AA/Tunis/Seif Trabesli
A peine quelques semaines après l’élection de Béji Caïd-Essebsi nouveau président de la Tunisie, des différends internes commencent à faire surface au sein de son parti “Nidaa Tounes”. Il s’agit principalement de deux questions qui divisent les membres du parti, celle relative au choix des nouveaux dirigeants du parti et celle touchant à l’association ou non du mouvement Ennahhda, d'obédience islamique, à la composition du nouveau gouvernement.
Les membres de Nidaa Tounes n’ont rien fait pour cacher leurs différends s’adressant des critiques par médias interposés.
Selon nombre de leaders du mouvement, les principaux points qui opposent les membres concernent le choix "des personnalités les plus appropriées pour succéder à Caïd-Essebsi et diriger la parti" et "la participation éventuelle du mouvement Ennahdha dans le nouveau gouvernement".
Le parti devra tenir son premier Congrès général pour élire son nouveau dirigeant et des commissions permanentes, l’été prochain. En attendant il est dirigé par un comité désigné par Caïd-Essebsi.
Le parti Nidaa Tounes, fondé il ya trois ans par Béji caïd-Essebsi, compte des courants de différentes orientations et idéologies dont principalement le courant destourien (en référence au parti destourien de Bourguiba), le courant de gauche ainsi que des syndicalistes et des libéraux.
A la tête du parti depuis sa formation, Caïd Essebsi avait pu maitriser et absorber les différends internes et unir les rangs, ce qui a valu au parti deux victoires successives d’abord aux législatives (octobre 2014), ensuite à la présidentielle (décembre 2014).
Khemais kessila, député du parti Nidaa Tounes souligne qu’aujourd’hui ce sont deux courants qui composent le parti citant «ceux qui le considèrent comme un parti moderne et ceux qui le considèrent comme un héritage à gérer», en référence, tel qu’interprété par les observateurs, au cercle des proches d’Essebsi.
Kessila ajouté dans une déclaration à Anadolu que certains parmi les membres du parti « n’ont toujours pas assimilé qu’une révolution a eu lieu dans le pays persistant à reproduire d’anciennes pratiques telle la loyauté à la famille politique qui prime sur la nation».
De son côté Mohsen Marzouk a dit mercredi sur sa page facebook, vraisemblablement en réponse aux propos de Kessila, préférer ne pas répondre à «ceux qui pensent tirer un quelconque profit en l'attaquant de manière immorale».
Le choix des membres du nouveau gouvernement est un autre point qui divise les membres de Nidaa Tounes qui dispose de 86 sièges au parlement.
Des députés de Nidaa Tounes avaient exprimé leur rejet de la décision de Béji Caid Essebsi de ne pas les associer dans la sélection des ministres. Caid-Essebsi avait déclaré à ce propos que «c'est un dossier qui incombe au comité directeur du parti».
C’est dans ce même propos que se pose la question d’associer ou non le mouvement Ennahdha au nouveau gouvernement, une autre question qui divise les membres de Nidaa Tounes.
De son côté le mouvement Ennahdha qui détient, avec ses 69 sièges, le deuxième plus grand bloc parlementaire, a tranché sur la question déclarant à l’issue de son dernier conseil de la Choura sa disposition à participer au gouvernement si on le lui propose.
En réaction à cette annonce Abdel aziz el-kotti, un leader de Nidaa Tounes a considéré que la dernière décision d’Ennahda dénote d’une «insolence politique» et jugé que «le mouvement vit dans l’illusion des élections de 2011 qu’il avait remportées».
El-kotti a exprimé, ainsi, la position de tout un pan du parti Nidaa Tounes qui s’oppose soit pour des raisons idéologiques, soit par appréhension quant aux réactions de ses alliés et de ses bases électorales, à l’association du mouvement d’obédience islamique d’autant plus, estiment des observateurs, qu’un grand nombre des voix raflées par Nidaa Tounes sont d’abord des voix anti-Ennahdha.
Par ailleurs, un autre clan au sein même du parti défend la formation d’un gouvernement d’union nationale qui n’exclut aucune partie et encore moins le mouvement Ennahdha qui détient 69 sièges au parlement.
Mohamad Troudi députe de Nidaa Tounes a récemment déclaré sur les ondes d’une radio privée tunisienne que «la position d’el kotti est une position personnelle qui ne représente pas le parti » ajoutant qu’il « n’est pas possible d’écarter un parti qui a environ un tiers des sièges (en référence à Ennahdha) ajoutant que «l’intérêt national requiert l’union et la cohabitation de toutes les parties», une cohabitation qui sera notamment véhiculée, a-t-il ajouté «à travers un gouvernement d’union disposant d’une base populaire et parlementaire solide».
Les experts et autres observateurs de la scène politique tunisienne s’accordent à dire que de grands défis se posent face au prochain gouvernement dont la question de lutte contre le terrorisme, l’engagement de réformes économiques et sociales structurelles face à une situation économique en berne et un contexte régional difficile. Autant dedéfis qu’un gouvernement d’une simple majorité aura du mal à relever et c’est ce qui explique, d’ailleurs, que Béji Caïd-Essebsi penche plutôt vers l’association du mouvement Ennahdha au nouveau gouvernement.