AA - DAKAR - Dioné Babacar
Le gouvernement du Sénégal compte ouvrir dans les quelques mois à venir un centre d'accueil et de soins pour les malades mentaux errants dans le but de mettre fin aux assassinats et autres agressions dont sont victimes cette couche vulnérable du pays.
Ce centre est en construction à Kaolack, une ville située dans le centre du Sénégal, a confié au correspondant d'Anadolu à Dakar, le directeur de la Promotion et de la protection des personnes handicapées au ministère de la Santé et de l'Action sociale du Sénégal, Mamadou Lamine Faty, dans un entretien téléphonique.
"Les travaux de ce centre sont presque terminés. Un directeur a été nommé", selon M. Faty. La décision des autorités d'accélérer la procédure d'ouverture de ce centre qui est en construction depuis 2004 fait suite aux agressions enregistrées contre les malades mentaux errants au Sénégal ces derniers temps. En l'espace de quelques mois, cinq assassinats de malades mentaux errants ont été dénombrés dans la commune de Tambacounda, souvent avec des organes manquants. Un détail qui laisse la population de cette ville indiquer le mobile de l'utilisation des organes à des fins rituelles permettant d'extraire de l'or, dans cette région riche en mines d'or.
A ces crimes s'ajoutent les viols, les accidents de la circulation dont sont souvent victimes les malades mentaux errants », a déploré Ansoumana Dione, le président de L'Association de suivi et d'assistance aux malades mentaux (Assamm) joint par Anadolu.
Selon un recensement opéré par l'Assamm, 2192 malades mentaux errants sont dans les rues au Sénégal. Les zones urbaines, principalement Dakar, Thiès, Diourbel, Ziguinchor sont les localités les plus touchées par le phénomène, selon Ansoumana Dione. « Le centre aura une capacité d'accueil de 100 patients. Il va prendre en compte un régime mixte. Il y aura un volet médical et un volet social. Le centre aura un plateau technique composé de médecins, d'assistants sociaux et de psychiatres », a souligné Mamadou Lamine Faty. « Les malades mentaux seront accueillis par le centre à travers les services techniques de l'Etat et l'administration territoriale et la collaboration avec les parents », a dit M. Faty.
L'Assamm appelle de tous ses vœux l'Etat à tout mettre en œuvre pour l'ouverture du centre. « Le centre devait ouvrir ses portes depuis 2006, mais les travaux ont connu du retard. Son ouverture sera une solution préventive contre les agressions », a dit Ansoumana Dione.
L'avocat défenseur des Droits humains, Me Demba Ciré Bathily souligne qu'il n'y a pas de disposition particulière réservée aux crimes commis contre les malades mentaux errants. « Tous les auteurs de crimes sont sanctionnés par les mêmes dispositions du code pénal concernant les assassinats ou les agressions », fait remarquer.
L'article 34 du code pénal Sénégal punit les auteurs de violences physiques de mutilation, d'amputation ou privation de l'usage d'un membre, cécité, perte d'un œil ou d'autres infirmités permanentes, à une peine de travaux forcés de 10 à 20 ans. Le coupable de meurtre ou d'assassinat sera condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Mais l'article 294 du Code pénal, modifié par la loi du 29 janvier 1999, introduit quant à lui une aggravation de la pénalité encourue lorsque la victime est une personne de sexe féminin ou fait partie de la catégorie des personnes particulièrement vulnérables, en raison de son âge, d'une infirmité, d'une déficience physique ou psychique, ou d'un état de grossesse. Un arsenal législatif que l'ouverture de ce centre attendu par la société civile sénégalaise permettra de renforcer par des mesures sociales.